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Pourquoi choisir l'école publique?

école secondaire
MB

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La rentrée terminée, il est déjà temps pour plusieurs parents de choisir la prochaine école de leur enfant. 

Dans ce contexte, s’il est aujourd’hui on ne peut plus pertinent de questionner la gestion de notre système d’éducation et ses dérives, je considère d’autant plus important de souligner ses forces et ses atouts, particulièrement quand on sait la tentation pour beaucoup de choisir l’école privée.
 
Car bien qu’ébranlée de toute part, l’ambition de l’école publique québécoise d’éduquer la grande majorité des enfants du Québec repose toujours sur des principes solides, auxquels se doit d’adhérer l’ensemble de la population.
 
Socialisation et émulation
 
En premier lieu, dans la mesure où l’un des objectifs principaux de l’école québécoise est de socialiser, un avantage propre à l’école publique est d’amener l’enfant à évoluer dans une communauté pluraliste représentative de l’ensemble de la société. 
 
C’est précisément cette caractéristique qui échappe à l’environnement d’un établissement privé, dont la clientèle souffre inévitablement d’une certaine homogénéité socio-économique. Généralement tolérée, souvent assumée et parfois même, hélas, désirée, cette ségrégation peut développer ou entretenir le sentiment d’un privilège mérité dans l’inévitabilité d’un ordre établi.
 
Au contraire, l’élève du public grandit au sein d’une institution lui permettant de côtoyer un échantillon plus fidèle de la société dans laquelle il évoluera comme citoyen. Cette école est une véritable micro-société au sein de laquelle il fait des apprentissages, en classe comme dans les corridors, qui lui serviront toute sa vie. Ces échanges, cette mixité sociale que certains tentent malheureusement d’éviter, est en fait essentielle dans la construction d’un vivre-ensemble démocratiquement assumé.
 
Ce faisant, elle a le bénéfice majeur de permettre un effet d’émulation et de favoriser – même chez les plus doués – le développement d’habiletés qu’une classe homogène ne permettrait pas. Ainsi, non seulement la réussite des meilleurs élèves ne sera pas compromise dans un groupe ordinaire, mais ils pourront, par leur exemple, servir de modèles aux autres qui, non moins vaillants, ne souffriront plus d’une catégorisation par défaut. C'est précisément le problème de la classe ordinaire, écrémée des meilleurs, mais saturée d’élèves aux besoins particuliers.
 
Expertise
 
Parallèlement, l’expertise de l’école publique est justement de reconnaître et de répondre aux besoins de ces élèves ayant des difficultés particulières, tout en restant attentive aux besoins de l’ensemble. 
 
Ce n’est certes pas un travail parfait, précis et usinable, et cela peut difficilement être fait sans le soutien des parents même si, trop souvent, c’est le cas. Néanmoins, l’école publique est beaucoup mieux préparée à l’imprévisible que ne peut l’être une école privée qui, foncièrement, vise une garantie de résultat pour maintenir sa réputation, quitte à élaguer l’indésirable. 
 
Les succès du public ne sont pas ostentatoires, mais se trouvent dans le nombre de jeunes dont il assure l’avenir chaque année, peu importe leur origine ou leurs difficultés. Croyez-moi, en ce sens, les plus belles surprises, les trésors les mieux enfouis, les plus estimables, se trouvent indubitablement à l’école publique. Comparativement à l’école privée, la différence qu’elle fait pour notre avenir commun est incommensurable compte tenu de ses obligations, de ses efforts et de ses victoires. 
 
Mais cela, aucune statistique n'en témoignera.
 
Gratuité
 
De toute évidence, la valeur d’un diplôme secondaire n’est pas plus grande en sortant d’une école privée que d’une école publique, et ce même s'il pourrait vous avoir coûté plus de 15 000 $ dans la première. Le fait est que si votre enfant est capable de réussir au privé, s’il peut y être accepté, il réussirait de toute évidence son parcours au public tout en vous permettant d’investir cette somme ailleurs, mais toujours pour son bien. Cela peut être, par exemple, en l’inscrivant à des activités lui permettant de développer d’autres talents, en partant en voyage avec lui, en économisant pour lui permettre des études supérieures, ou en lui payant si nécessaire des services privés que le réseau, reconnaissons-le hélas, ne suffit plus à dispenser (mais qu'on vous ferait de toute façon payer au privé).
 
Cette argent, d’ailleurs, pourrait être judicieusement utilisée afin de lui éviter d’avoir à sacrifier une partie de son emploi du temps pour en gagner par lui-même. Évitez-lui donc d’avoir à travailler durant ses études. Ce sera déjà bien.
 
Finalement, comprenez tout simplement que peu importe la somme supplémentaire que vous penseriez investir pour sa réussite, elle ne saurait remplacer la valorisation au sein de la famille du respect de l’effort et de l'ouverture sur le monde. Favoriser la scolarisation et l'autonomie par la lecture, la rigueur et l’utilisation éthique de l’esprit critique ne coûte rien d’autre que du temps et des discussions, surtout si l'on tente soi-même de montrer l'exemple.
 
Car n’oubliez pas qu’à la base même de la réussite, les élèves intéressés ont des parents intéressés.