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Que vouliez-vous qu’elle fît contre quatre?

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Ce midi, devant les membres du Club économique du Canada réunis pour le déjeuner au Château Laurier d’Ottawa, Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine, doit dévoiler les grandes lignes de sa politique culturelle. Depuis qu’elle a lancé sa consultation, il y a un an et demi, les attentes du milieu culturel n’ont pas cessé de s’amenuiser.

Non sans raison, Ottawa ayant jeté quelques douches froides sur ceux qui en attendaient trop. Malgré la demande unanime du milieu, malgré un manifeste endossé par « tout ce qui bouge » en matière de culture, malgré les recommandations du Comité du patrimoine et du très sage C.D. Howe Institute, Justin Trudeau marche dans la même foulée que son prédécesseur. Il n’y aura pas de « taxe Netflix », même si quelques pays ont trouvé le moyen de ponctionner les géants du web.

Autre « bucket » d’eau glacée, le bureau du premier ministre comme celui du ministre des Finances ont prévenu qu’il n’y aurait pas d’autre argent pour la culture que les sommes déjà annoncées. Quant aux lois sur les télécommunications, la radiodiffusion et le droit d’auteur, qui faisaient partie du menu, si l’on y a travaillé, c’est très discrètement.

Que va-t-elle annoncer ?

Mais qu’est-ce que la ministre annoncera à son auditoire ? Que son ministère, qui vient de convaincre un des géants du web de s’intéresser à notre production, continuera ses démarches auprès des autres ? Qu’elle fera certains remaniements dans les organismes dont elle est responsable et initiera des mesures pour favoriser l’exportation de nos films et séries ? Qu’elle mettra en place des mesures qui aideront nos créateurs à percer les marchés étrangers ? Enfin, peut-être touchera-t-elle au mandat de Radio-Canada et à la composition de son conseil ? Les problèmes qu’éprouve la presse écrite dans son passage au numérique risquent d’être peu évoqués.

Pour mettre du baume sur les plaies de la majorité, ouvrira-t-elle la porte à une taxation plus équitable des divers services par contournement ? La « promesse d’investissement » de Netflix ne fera sûrement pas taire les distributeurs canadiens qui doivent, eux, facturer les taxes de vente.

Si les aides actuelles venant principalement des distributeurs ne se maintiennent pas, leurs revenus ne cessant de diminuer, diffuseurs et producteurs devront graduellement réduire leurs ambitions. Malgré sa vigueur, c’est la télévision francophone qui est la plus à risque.

La question qui tue

Les producteurs les plus ambitieux n’auront d’autre choix que courtiser Google, Amazon, Facebook et Apple (le GAFA), car c’est là que se trouve le pactole. Mais il faudra les courtiser en ANGLAIS, la production française « Made in Québec » n’ayant guère d’intérêt pour eux. Les quatre grands ont annoncé qu’ils investiraient l’an prochain 10 milliards de dollars en productions originales, sans compter les 10 milliards de Netflix et Hulu. C’est environ 12 fois ce que TF1, France Télévisions, la BBC, TVA et CBC/Radio-Canada dépenseront pour leurs films et séries en 2018.

Dans les circonstances, comment ne pas paraphraser Corneille (pas le chanteur, l’autre !) et poser à Mélanie Joly la question que pose Julie au vieil Horace dans la tragédie du même nom : « Que vouliez-vous que fît notre pauvre petite télévision contre les quatre géants du web ? » Je n’ose répéter la réponse d’Horace de crainte qu’elle soit prophétique. Ceux qui se rappellent leurs belles-lettres le savent. Quant aux autres, qu’ils consultent Google !

Télépensée du jour

Si je me fie à District 31, c’est plutôt relaxe la vie de policier dans un poste de quartier.