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Huit ans à l’ombre pour avoir tenté de rejoindre l’ÉI

Le Québécois est le premier Canadien coupable de cette infraction criminelle

Ismaël Habib avait déjà séjourné en Syrie pour faire le djihad et instaurer la charia, mais il avait été renvoyé au Canada, car son passeport avait entre-temps été révoqué.
Photo tirée de Facebook Ismaël Habib avait déjà séjourné en Syrie pour faire le djihad et instaurer la charia, mais il avait été renvoyé au Canada, car son passeport avait entre-temps été révoqué.

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Un Montréalais qui voulait à tout prix combattre en Syrie avec le groupe État islamique a écopé vendredi de huit ans de pénitencier, une première au Canada.

« N’eussent été l’enquête et l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada [GRC], Ismaël Habib aurait intégré l’un des groupes terroristes les plus fanatiques de la planète », a lancé le juge Serge Delisle avant de condamner l’accusé.

Flanqué de deux agents des services correctionnels, Habib a écouté le jugement sans broncher. Assis dans le box des accusés, il arborait une barbe fournie, contrairement aux audiences précédentes où il était parfaitement rasé.

Habib est ainsi resté impassible lorsque le magistrat a expliqué qu’il était le premier adulte au Canada à être condamné pour avoir tenté de quitter le pays afin de commettre du terrorisme, et qu’il adhérait inconditionnellement à l’idéologie de l’État islamique (ÉI).

« Extrêmement motivé, voire obsédé, il est prêt à tout pour quitter le Canada afin de se rendre en Syrie pour intégrer l’ÉI », a d’ailleurs noté le magistrat.

Piégé

Habib a tenté de rejoindre l’ÉI de 2014 à 2016. Comme il était déjà fiché par la GRC, il avait d’abord tenté d’obtenir un passeport en se faisant passer pour son frère, sans succès.

Cela lui avait toutefois valu une accusation supplémentaire pour avoir fait une fausse déclaration, et le juge l’a condamné vendredi à une année de prison supplémentaire, portant la peine globale à neuf ans d’incarcération.

Il s’est donc mis à chercher un autre moyen de partir pour la Syrie. C’est alors qu’un groupe criminel l’a approché en lui promettant de l’aider. Il s’agissait en fait d’agents d’infiltration de la GRC.

Sans se douter de rien, Habib a ainsi étalé tout son plan et sa volonté de faire le djihad dans le but de créer un État gouverné par la charia, ce qui lui permettrait de mourir en martyr et ainsi d’obtenir ses 72 vierges, comme l’indiquent ses croyances.

Réhabilitation

Pour sa défense, Habib avait prétendu que ses aveux avaient été dits dans le but de se rendre intéressant, mais le juge ne l’a pas cru.

« Il était prêt à tout pour l’ÉI, même mourir », a expliqué le magistrat.

Habib a beau être le premier accusé au Canada à être condamné pour avoir tenté de rejoindre un groupe terroriste à l’étranger, il ne sera pas le dernier, d’où l’importance d’avoir un plan « bien établi » pour favoriser la réinsertion sociale, croit l’expert en déradicalisation Jocelyn Bélanger.

En se basant sur des études réalisées à l’international, il explique qu’il faut d’abord « donner un sens à la vie » aux personnes radicalisées, par exemple leur donner une passion ou un métier qui les rattachent à la société.

Le cercle d’amis a également un rôle important à jouer, afin de couper les liens avec les personnes radicalisées. Et une fois ces deux étapes franchies, il faut alors s’attaquer aux croyances radicales de l’individu.

« Si la personne se réhabilite, elle peut devenir un vecteur de changement pour d’autres personnes radicalisées, ça a un effet boule de neige », conclut le professeur tout en s’appuyant sur des études à l’international montrant des résultats extrêmement positifs.

Ce qu'ils ont dit

« C’est un message de dissuasion qui est envoyé par la cour, d’autant plus qu’il n’y a pas de preuve de réhabilitation. »

– Me François Blanchette, du Service des poursuites pénales du Canada

« Il ne s’agissait pas du projet utopique et irréfléchi d’un adolescent manipulé ou mené sous le coup d’une impulsion. Il était prêt à tout pour l’ÉI, même à mourir. »

– Le juge Serge Delisle