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Le génie des oubliés de Grand-Pré

Nouvelle-Écosse

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Le castor n’est pas seulement l’animal emblématique des Canadiens en raison de sa peau, que nous avons vendue, mais aussi parce que nos aïeux s’évertuaient vraiment à se fabriquer un territoire, en jouant avec l’eau.

Ainsi, les premiers colons acadiens de Grand-Pré, vers 1680, entreprirent de construire d’immenses digues à aboiteau pour protéger leurs terres de la mer et pour transformer en terre arable des marais salins.

Cet exploit technique est malheureusement oublié puisque l’Histoire a jugé bon de faire de ce lieu un monument de douleur.

L’ennemi anglais enviait ces terres devenues fertiles grâce au génie et au labeur acharné des Acadiens ; ils les ont donc déportés, en 1755. Ensuite, une autre population, anglaise celle-là, est venue prendre leur place.

Pour les Acadiens, Grand-Pré, c’est un endroit aussi significatif que pour un Juif, Jérusalem, ou pour nous, Saint-Malo.

Parce que j’aime bien l’ironie, je suis allé demeurer dans un bed & breakfast aménagé dans une vieille maison où a grandi l’ancien premier ministre canadien Sir Robert Borden... celui-là même qui nous a valu la conscription pendant la première Grande Guerre.

Quant à la terre de Grand-Pré, elle est saisissante, par sa beauté. Sa petite église, reconstruite parce que l’originale a été détruite, fait maintenant partie du lieu historique national et est précédée d’une sculpture d’Évangéline, la même que l’on voit en Louisiane. L’auteur du poème Évangéline et Gabriel, l’américain Henry Longfellow, a aussi un buste ici, à Grand-Pré, puisque c’est lui qui a popularisé cette triste page d’histoire, et fixé le nom de ce village dans les mémoires.

Imaginez les cris de la foule réunie dans l’église lorsque le général Monk (que nous avons l’idiotie d’honorer en ayant une rue à son nom à Montréal) leur annonça qu’ils seraient arrachés à leurs terres. La reine Elizabeth II a écrit en 2003 une lettre (que l’on peut voir dans l’église) où elle reconnaît le triste événement, mais sans exprimer d’excuses.