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Que savait le conseil de Lafarge?

Le journal Le Monde révèle que le cimentier aurait des liens avec le groupe État islamique

L’homme d’affaires québécois Paul Desmarais Jr aurait été « troublé » par les prétendus liens entre le cimentier Lafarge et l’État islamique, selon le magazine Challenges.
Photo Ben Pelosse L’homme d’affaires québécois Paul Desmarais Jr aurait été « troublé » par les prétendus liens entre le cimentier Lafarge et l’État islamique, selon le magazine Challenges.

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Un ex-responsable du géant du ciment Lafarge, une compagnie dont le Québécois Paul Desmarais Jr est administrateur et actionnaire, a reconnu que sa firme versait 20 000 euros par mois au groupe armé État islamique, selon des révélations du quotidien français Le Monde.

L’entreprise française aurait fait ces paiements de 2012 à 2014 pour continuer d’opérer une cimenterie dans le nord de la Syrie pendant la guerre civile.

L’enquête du 
quotidien Le Monde
Photo Courtoisie
L’enquête du quotidien Le Monde

Dans son édition du 23 septembre, le quotidien français se demande si les administrateurs étaient au courant de ces paiements occultes : « Alors que de nombreuses questions restent posées, dont le rôle du conseil d’administration, de nouvelles auditions, réquisitions et perquisitions pourraient être décidées ». Le journal cite également des enquêteurs de la justice française selon lesquels il serait très étonnant que l’ancien patron de Lafarge, Bruno Lafont, n’ait pas avisé son équipe de direction de ces paiements.

« M. Lafont devait forcément rendre des comptes à des actionnaires qui savaient qu’ils pouvaient être exposés à des risques judiciaires et médiatiques », rapporte Le Monde.

Le dossier des paiements de Lafarge fait depuis plusieurs mois la manchette en France. Le pays a, en effet, été victime sur son propre sol d’attaques terroristes financées par l’État islamique, comme en 2015 au Bataclan, une salle de spectacle parisienne.

L’usine de Lafarge, acquise au prix de 600 millions d’euros, devait être maintenue « coûte que coûte » par Lafarge, selon Le Monde.

GBL, un holding contrôlé par les familles Frère et Desmarais, est le deuxième actionnaire en importance de Lafarge (qui a fusionné avec le Suisse Holcim en 2015), avec 9,4 % du capital. Paul Desmarais Jr siège au conseil de Lafarge depuis 2008.

Paul Desmarais « terrorisé »

Lafarge aurait d’abord versé des sommes à l’Armée syrienne libre et à des milices kurdes, pour ensuite faire des paiements au Front al-Nosra (une branche d’Al-Qaïda) et au groupe État islamique, selon les révélations du Monde.

L’article du 
magazine Challenges
Photo Courtoisie
L’article du magazine Challenges

En avril dernier, le réputé magazine français Challenges affirmait que l’affaire de paiements allégués au groupe armé État islamique par le cimentier Lafarge aurait terrorisé Paul Desmarais Jr.

« Paul Desmarais Jr et Gérard Lamarche [...] angoissent. Le milliardaire canadien, en particulier, “ en bon anglo-saxon, est terrorisé par cette histoire ”, assure un proche du groupe. On le comprend. Deux plaintes ont été déposées en France. Dont l’une émane directement de Bercy. Il ne manquerait plus que le ministère de la Justice américaine s’en mêle ! Se voir interdire l’accès au marché américain, où l’entreprise est leader avec près de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, serait une catastrophe », rapportait le magazine Challenges.

« Inacceptables »

Quand notre Bureau d’enquête lui a demandé si M. Desmarais Jr aurait été effectivement « terrorisé » par cette affaire, le porte-parole de Power Corporation, Stéphane Lemay, s’est limité à dire que l’article datait de quelques mois.

Le porte-parole de Power Corporation, dont M. Desmarais Jr est l’un des chefs de la direction, a ajouté que LafargeHolcim « a clairement exprimé sa position sur le sujet à quelques reprises ».

Le géant a reconnu en avril que des pratiques « inacceptables » ont été employées pour maintenir en activité son usine.

« Les résultats d’[une] enquête [interne] confirment [...] que, bien que ces mesures aient été prises à l’initiative de la direction locale et régionale, certains membres de la direction du groupe ont eu connaissance de situations indiquant des violations du code de conduite des affaires de Lafarge », affirmait alors l’entreprise.

 

Des faits troublants

UN ACCORD AVEC LE GROUPE ÉTAT ISLAMIQUE

Lafarge se serait entendu pendant un certain temps avec l’État islamique pour pouvoir continuer d’opérer la cimenterie. Un laissez-passer tamponné par un gouverneur de l’État islamique a été versé au dossier, selon Le Monde.

FAUSSES FACTURES

Lafarge aurait produit de fausses pièces comptables pour dissimuler dans ses livres les paiements faits à l’État islamique.

CONVERSIONS FORCÉES

Des employés chrétiens de Lafarge ont été contraints de se convertir à l’islam en raison d’un plan d’évacuation défaillant en 2014, selon Le Monde.