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Ma Catalogne

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La Catalogne est entrée dans ma vie, côté cœur, alors que je vivais au Maroc, à l’âge de 20 ans. Pour célébrer cet anniversaire, j’avais décidé de marcher sur les traces de mes ancêtres et de m’offrir un voyage culturel en Espagne.

Un pays avec lequel j’entretenais une relation amour-haine. Un ressentiment pour son histoire coloniale sauvage en Afrique, en Asie et en Amérique.

Car, outre les atrocités du régime fasciste de Franco, l’Espagne est la première puissance occidentale à avoir utilisé l’arme chimique contre un peuple pacifique afin de lui arracher son territoire et ses ressources. C’était durant la guerre du Rif, dans le nord du Maroc, entre 1920 et 1926, et ce peuple, c’était le mien.

Le drapeau d’Arnau

Par contre, j’ai une affection natu­relle pour l’Andalousie, qui a été pendant huit siècles, le berceau de la civilisation arabo-mauresque et le creuset du savoir et de la tolérance. Une période à laquelle les Juifs sépharades se réfèrent comme étant la renaissance du judaïsme.

Je voulais apprivoiser le parcours de ce grand stratège amazigh, Tarik Bnou Ziad, qui y a introduit l’islam et laissé son nom en héritage au détroit de Gibraltar (la montagne de Tarik).

C’est au hasard d’une visite au palais de l’Alhambra, à Grenade, que j’avais rencontré Joan, un jeune de 24 ans. Partageant la même passion que moi pour l’architecture mauresque, il s’est offert pour me servir de guide et m’a invitée dans sa famille à Barcelone.

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy au centre
Photo AFP
Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy au centre

L’accueil y a été des plus chaleureux. Même le petit Arnau, 8 ans, s’était mis de la partie et m’avait construit un joli château.

« C’est quoi, ce drapeau sur la tour de ton château, Arnau ?

– C’est un drapeau catalan. »

C’est ainsi que commença mon initiation au nationalisme catalan qui devait m’amener, jusqu’à aujourd’hui, à tisser des liens affectifs durables avec ce peuple qui s’est battu et qui continue de se battre pour la reconnaissance de sa langue, de sa culture, de sa spécificité, de son identité et de son statut politique.

Bien que la plupart des Catalans que je connais soient nationalistes – mais non indépendantistes –, le traumatisme que leur a infligé le chef de gouvernement conservateur Mariano Rajoy a poussé bon nombre d’entre eux dans le camp du « Oui ».

Horreur et barbarie

Ce qu’on retiendra de ce référendum sur l’indépendance de la Catalogne, ce sont cinq images :

  1. L’image d’un peuple debout sur ses principes et ses convictions. C’est toute une leçon que les Catalans nous donnent en affirmant dignement leur volonté d’autonomie par des moyens pacifiques. Plus de 75 % d’entre eux, toutes tendances politiques confondues, souhaitaient s’exprimer par voie de référendum;
  2. L’image de ces visages ensanglantés de citoyens innocents, matraqués sans ménagement par les forces de l’ordre alors qu’ils ne faisaient qu’exercer leur droit civique;
  3. L’image de Mariano Rajoy qui s’est comporté en véritable tyran et n’a pas hésité à ordonner qu’on massacre les Catalans sous prétexte d’inconstitutionnalité du référendum;
  4. L’image de cette Europe molle qui prétend être « fondée sur une promes­se de paix, de progrès, de prospérité » et qui, à la première occasion, se terre dans un silence coupable alors que la barbarie est à ses portes;
  5. L’image d’une démocratie qu’on assassine alors que rien ne justifie une telle violence. S’agit-il d’un scrutin illégal ou d’un référendum légitime ? Sur le plan juridique, cela se discute, mais sur le plan politique, la solution est dans le dialogue.

Et maintenant, comment réparer les dégâts ? Espérons que le peuple catalan saura trouver en lui un nouveau souffle pour se relever de cette épreuve et poursuivre sa marche.