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Netflix, la bouchée que personne n’avale

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Tout le monde et son père trouvaient logique que Netflix et les autres services de distribution par contournement soient assujettis aux taxes de vente, qu’ils soient canadiens ou étrangers. Sauf Stephen Harper, qui n’a jamais expliqué pourquoi. Sauf Justin Trudeau qui n’a rien trouvé de mieux à dire qu’il avait promis qu’il ne taxerait pas davantage la classe moyenne. Un mantra que Mélanie Joly répète mécaniquement.

Appelée à défendre l’indéfendable au moment où la France et l’Allemagne annoncent avoir réussi à intégrer les géants du Net au financement de la création nationale (et non seulement au paiement de leurs taxes à la consommation), la pauvre Mélanie ne pouvait que s’enferrer entrevue après entrevue. Elle sort meurtrie et probablement amère de journées qu’elle avait dû imaginer éclatantes.

Sa vague entente avec Netflix, qui n’avait même pas voulu, le 19 septembre 2014, révéler au CRTC le nombre de ses abonnés canadiens, a complètement relégué à l’arrière-plan les autres aspects de sa politique culturelle. Sa politique n’est pas sans mérites, quoiqu’elle oublie la musique, plus vulnérable encore que la télé. La direction de la ministre est bonne, mais la plupart des moyens d’y arriver restent à trouver.

Plus d'argent frais

En gros, le gouvernement fédéral entend soutenir d’abord les créateurs, promouvoir le contenu canadien ici et à l’étranger, renforcer la télévision publique et favoriser l’information locale. Il faudrait être contre la vertu pour s’opposer à cette vision.

De façon concrète, à partir de l’an prochain, Ottawa comblera le manque à gagner du Fonds des médias. Le Fonds contribue à la production de contenu audiovisuel ainsi qu’à la création numérique. Il est alimenté par le fédéral à raison de 134 millions de dollars par an et par un pourcentage des revenus que tirent de leur offre télévisuelle les distributeurs par câble et satellite.

Comme les services par contournement en poussent plusieurs à se désabonner du câble ou à réduire leur abonnement, la contribution des distributeurs au Fonds des médias a diminué d’environ 30 millions $ depuis trois ans. Même s’ils avaient annoncé qu’ils n’en feraient pas davantage pour la culture, la ministre Joly a convaincu le premier ministre et le ministre des Finances d’être plus généreux.

Le gros du travail est à faire

Patrimoine Canada dépensera donc 35 millions $ sur deux ans pour que nos industries culturelles soient plus présentes à l’étranger. On organisera aussi des missions culturelles économiques et on consacrera 25 millions $ par an pour soutenir cette stratégie d’exportation. Des sommes substantielles que la ministre a le mérite d’avoir dégotées.

Même si elle a presque décompté la presse écrite, elle a néanmoins indiqué son intention de soutenir sa transition vers le numérique. De quelle façon ? Ça reste à voir ! Comme reste à voir comment elle transformera Radio-Canada, réformera le Fonds des périodiques et celui du livre, simplifiera les procédures de crédits d’impôt et les contraintes de certification, enfin, dans quel esprit elle remaniera les lois sur la radiodiffusion, les télécommunications et les droits d’auteur.

Il reste tellement de pain sur la planche qu’elle aura tout le temps de faire oublier son entente incohérente avec Netflix. Quant au ministre Bill Morneau, il finira peut-être par admettre qu’il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures en matière de taxation. Croisons les doigts.

Télépensée du jour

Les propos de certains politiciens laissent penser qu’ils ont commencé à consommer du pot avant sa légalisation.