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On note plus de détresse chez les cadres femmes

Elles doivent se prouver davantage que les hommes pour gravir les échelons

La doctorante Salima Hamouche a elle-même été cadre chez Danone et Bombardier.
Photo Dominique Scali La doctorante Salima Hamouche a elle-même été cadre chez Danone et Bombardier.

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Les femmes occupant des postes de cadre sont plus à risque de vivre de la détresse psychologique que les hommes, notamment parce qu’elles doivent parfois se prouver davantage pour monter dans la hiérarchie, révèle une étude.

« Les femmes ont besoin de fournir beaucoup plus d’efforts pour occuper ces postes [de gestion] », explique Salima Hamouche, doctorante en relations industrielles à l’Université de Montréal.

Par exemple, elles peuvent avoir tendance à ramener du travail à la maison ou à cacher leurs émotions et à se montrer « plus fortes afin de prouver qu’elles sont capables de gérer comme un homme », illustre-t-elle.

Stress et sommeil

Les résultats préliminaires de sa thèse de doctorat montrent que, pour une femme, le fait d’occuper un poste de cadre augmente significativement le risque de souffrir de détresse psychologique.

Cette détresse se manifeste par exemple par des troubles du sommeil, un stress intense, le fait de se sentir irritée ou de se replier sur soi-même. Il s’agit en fait des symptômes qui précèdent souvent une dépression ou un épuisement professionnel, explique Mme Hamouche.

Les hommes sont encore majoritaires dans le monde de la gestion, une tendance qui se reflète d’ailleurs dans son échantillon. Sur les 307 cadres qui ont participé, moins de 100 étaient des femmes.

À cela viennent s’ajouter la conciliation travail-famille, les jeunes enfants et les grossesses. La recherche d’équilibre entre la vie privée et le boulot peut donc être plus présente chez les femmes.

Alcool et médicaments

Au total, un cadre sur cinq souffrait de détresse psychologique ou consommait de l’alcool de façon excessive, tous sexes confondus.

De plus, les résultats de cette recherche indiquent que 12 % des répondants consommaient des médicaments psychotropes, comme des antidépresseurs, des somnifères ou des tranquillisants.

« Certains auteurs parlent de dopage, lorsque ces médicaments ne sont pas pris pour des raisons médicales, mais pour faire face au stress du quotidien », explique Mme Hamouche.

Il est parfois plus difficile pour les cadres d’aller chercher de l’aide que pour les employés, de crainte de ternir leur image, indique-t-elle.

Aussi, on s’attend à ce qu’ils soient capables de gérer un haut niveau de stress. Bien souvent, quand on se préoccupe du bien-être des gens dans une organisation, c’est d’abord de celui des employés.

« C’est comme si on avait tendance à tenir pour acquis que les cadres étaient immunisés. Comme s’ils étaient des super héros. »

Or, « un cadre stressé amène une organisation stressée. C’est contagieux », illustre la chercheuse.

Parmi les répondants se trouvaient des grands patrons, des directeurs de succursale ou de département, des superviseurs.

Ce sont souvent les cadres intermédiaires et de premier niveau qui se retrouvent « dans la position sandwich », c’est-à-dire qu’ils doivent parfois communiquer et imposer des décisions qu’ils n’ont pas choisies aux employés, explique la chercheuse.