/investigations/police
Navigation

Amendes de 1,8 million $ pour un financier proche des Hells

Michel Demontigny a reconnu avoir participé à un stratagème boursier frauduleux

Michel Demontigny
Photo tirée de Facebook Michel Demontigny, un financier qui est également chanteur à ses heures, a écopé d’amendes totalisant 1,8 million $ pour sa promotion de penny stocks, des actions qui ne valent que quelques sous.

Coup d'oeil sur cet article

Un homme d’affaires proche des Hells Angels accusé dans deux stratagèmes de manipulation boursière en 2015 a été condamné à des amendes totalisant près de 2 millions $ par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Michel Demontigny est un financier montréalais qui est également connu comme artiste. Il a même déjà chanté avec Ginette Reno et enregistré un disque dans les années 2000.

Il y a quelques semaines, l’AMF nous a informés qu’il a coupé court à deux procès en plaidant coupable à des accusations portées contre lui par l’AMF en 2015.

Selon des documents de cour, l’homme d’affaires reconnaît qu’un « stratagème illégal mis en place [par lui et d’autres individus] avait pour but de faire un pump and dump ». Un pump and dump consiste à manipuler un titre boursier pour faire croire que sa valeur va augmenter. Les initiés liquident ensuite le titre. Les investisseurs crédules sont floués.

Demontigny admet dans un « exposé conjoint des faits » qu’il y a eu:

  • Utilisation de faux documents
  • Utilisation de prête-nom (dont un membre de sa famille) pour camoufler des liens entre personnes
  • Usurpation de signatures
  • Documents antidatés

Les procès dans ces deux affaires, où plusieurs autres individus sont accusés, doivent s’amorcer en 2017 et 2018.

Fausse mine d’or

Demontigny s’est vu imposer une amende de 625 000 $ pour son rôle dans la promotion boursière frauduleuse de la compagnie Excel Gold. Il a agi comme PDG de la compagnie. Excel Gold est une compagnie minière (qui a été cotée à la Bourse de croissance de Toronto) qui avait promis de relancer une vieille mine de zinc à Notre-Dame-de-Montauban, en Mauricie, à la fin des années 2000. La mine recelait des gisements d’or inexploités, selon Excel. Or, il s’agissait, selon l’AMF, d’un simple stratagème visant à détrousser de petits actionnaires crédules.

Le maire de Notre-Dame-de-Montauban avait avoué, en 2011, « n’avoir jamais cru » au projet. Les promoteurs n’avaient même pas daigné se présenter à un rendez-vous avec une équipe de télé locale.

Dans l’autre dossier, Demontigny a été condamné à une amende de 1,1 million $ pour la promotion de trois titres. Il était accusé d’avoir fait la promotion des compagnies HE-5 Resources Corp, Umining et Neuro-Biotech. Une de ces entreprises, Neuro-Biotech, faisait la promotion de tests sanguins pour diminuer le stress. Un médecin de Lachute en a même été le PDG, mais n’a pas été accusé dans ce dossier.

Proche des Hells

L’enquête de l’AMF dans ces deux dossiers a permis de découvrir que l’ancien Hells Angels Salvatore Brunetti a reçu des actions d’Excel Gold en 2009. Demontigny a dit dans un témoignage à l’AMF l’avoir engagé pour assurer sa sécurité. Brunetti n’a pas été accusé dans cette affaire.

Une enquête de Radio-Canada en 2005 a aussi permis de relier Michel Demontigny au Hells Gilles « Trooper » Mathieu. Les deux auraient été associés dans une compagnie d’affichage multimédia, GSI Technologies, cotée à la Bourse. Michel Demontigny n’a pas répondu à des messages sur Facebook et LinkedIn.

200 000 $ des Hells dépensés par Demontigny

Benoît frenette.
Membre des Hells
Photo courtoisie
Benoît frenette. Membre des Hells

Michel Demontigny a détourné 200 000 $ qui lui avaient été confiés par les Hells Angels pour le paiement de frais d’avocat du Hells Benoît Frenette, selon des documents inédits de l’AMF déposés en preuve et obtenus par notre Bureau d’enquête.

« Un montant de 200 000 $ a été reçu par Michel Demontigny par l’intermédiaire d’une société sous le contrôle de Stéphane Plouffe », dit un document consulté.

Plouffe, un membre en règle des Hells, a plaidé coupable en 2015 à des accusations réduites de complot pour meurtre dans le cadre du procès SharQc.

Selon les informations obtenues, cette somme confiée par un Hells à la fin des années 2000 a cependant été dilapidée par Demontigny pour des dépenses personnelles.

Pour rembourser les Hells, Demontigny a dû utiliser les sommes à sa disposition dans le compte d’une autre compagnie à numéro, du nom d’Investment Traders & Associates, afin de transférer les fonds à l’avocat de Frenette.

« Effectivement, la totalité de la somme a été dilapidée pour les besoins personnels de Michel Demontigny ou en diverses dépenses. Ces faits viennent corroborer la déclaration d’[un informateur de la Gendarmerie royale du Canada] à l’effet que Demontigny s’est retrouvé à court d’argent après s’être approprié pour son propre bénéfice les sommes d’argent destinées à Benoît Frenette », dit le document.

Un faux million $ ?

Dans un témoignage à l’AMF, Michel Demontigny avait par ailleurs affirmé que Salvatore Cazzeta, le chef des Hells au Québec, aurait donné 1 million $, en deux tranches de 500 000 $, à Serge Ollu, un promoteur poursuivi par l’AMF, par l'entremise d'un homme de main pour une promotion boursière.

Il semble plutôt, selon le témoignage d’un informateur de la GRC lui aussi déposé en preuve, que la dette soit en réalité une pure fiction. Elle aurait été inventée pour faire pression sur un autre individu relativement à une promotion boursière ratée, selon l’informateur de la police.