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Immigrer à Montréal en 1914

Avant Après
Photo courtoisie de Bibliothèque et Archives Canada, Mikan 3369404
Photo Chantal Poirier

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En sortant de la gare

Au début du XXe siècle, les immigrants arrivent à Montréal par le port et bien sûr par les gares. Le service fédéral d’immigration est présent dans toutes les grandes villes du pays, prêt à recevoir et trier les nouveaux arrivants. À Montréal, un bâtiment est construit pour les accueillir, le Immigration Hospital, stratégiquement situé près de la gare Windsor et non loin de la gare Bonaventure. Tout arrivant étranger au statut irrégulier doit s’y présenter. Malgré son nom, l’endroit n’est pas vraiment un hôpital médical, mais plutôt un lieu destiné à recevoir des individus temporairement. Les examens médicaux sont effectués dans des locaux situés au port ou dans les gares. Une équipe médicale peut être appelée pour certains soins de base, mais les immigrants nécessitant une quarantaine ou des soins plus poussés sont transférés dans d’autres camps permanents. L’hôpital est en service de 1914 à 1961. Il accueillera des immigrants, mais aussi, en temps de guerre, des ressortissants de pays ennemis qui seront transférés dans des camps de prisonniers.

Le Immigration and Detention Hospital

C’est l’enseigne de l’entrepreneur en construction Charles E. Deakin que l’on devine sur cette photo, prise quelques mois avant l’inauguration de l’hôpital d’immigration de la rue Saint-Antoine. À peine plus de 100 ans, de 1914 à 2016, c’est le temps qu’aura duré ce bâtiment, laissé dans un état de quasi-abandon depuis les années 1990. Pourtant, il aurait pu nous rappeler des milliers d’immigrants qui y sont passés. Différents bureaux d’accueil et d’immigration étaient installés à Montréal depuis le début du XIXe siècle, parfois même directement dans la gare Windsor. Dès 1904, des demandes sont formulées pour trouver un lieu mieux adapté aux besoins des équipes du ministère de l’Immigration. Le nouvel hôpital est donc terminé en avril 1914. Ses architectes, G.A. Ross et R.H. Macdonald, sont parmi les plus importants au Canada à cette époque. Dans le paysage montréalais, on leur doit aussi l’édifice Eaton et les cours Mont-Royal, un ancien hôtel de luxe.

Des prisonniers « Allemands »

Photo ourtoisie de la Library of Congress, Prints &Photographs division, George Grantham Bain collection, LC-B2 – 3219-15.

L’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu de cet homme, très probablement escorté vers le Immigration Hospital de Montréal qui est alors tout neuf. Bien peu de gens se doutaient qu’une guerre mondiale allait éclater à l’été 1914, et l’hôpital devient vite un lieu de détention pour les ressortissants de pays ennemis. Mais en 1914, plusieurs des immigrants sont faussement étiquetés « Allemands » ou « Autrichiens ». Ils proviennent souvent de régions ukrainophones faisant partie de l’Empire austro-hongrois, un territoire largement germanique et slave, alors ennemi du Canada. Entre 1914 et 1915, 364 prisonniers « autrichiens » ont été transférés au camp de prisonniers de Petawawa, en Ontario. Certains immigrants sont renvoyés, d’autres sont détenus dans des centres de détention ailleurs au Canada, dont celui de Spirit Lake, près d’Amos en Abitibi. Après la guerre, le bâtiment conservera sa fonction d’hospitalité temporaire des immigrants jusqu’en 1961.