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La peine qui ne guérira pas

<b><i>Ici, ailleurs</i></b><br />
Matthieu Simard<br />
Éditions Alto, 126 pages, 2017
Photo courtoisie Ici, ailleurs
Matthieu Simard
Éditions Alto, 126 pages, 2017

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Un couple part refaire sa vie dans un village qui se meurt. De ce contraste naît un conte tout en finesse. Que de douleurs sous les apparences, et comme Matthieu Simard nous les dévoile avec douceur.

Matthieu Simard a à son actif des romans remarqués, dont l’un a conduit à un film charmant, Ça sent la coupe, sorti en début d’année. Mais son dernier titre remonte à 2011, on attendait donc la suite.

Ce laps de temps a été l’occasion pour l’auteur de se renouveler, au point même de changer de maison d’édition. Avec Ici, ailleurs, il aborde de front un sujet sombre : le deuil d’une famille.

Moments d’espoir

Dès la 15e page, nous sommes avisés : ça finira mal. « À ce moment-là, nous ne savons pas encore que nous deviendrons le couple du “meurtre suivi d’un suicide” [...]. Fisher dira qu’il ne l’avait pas vu venir, les

Lavoie diront que nous étions pourtant du “ben bon monde”, Alice ne dira rien [...]. »

Mais d’ici là, il y aura tout un roman à s’écouler, rempli d’occasions pour Marie et Simon de s’accrocher à des moments d’espoir. Même nous, on finit par y croire. Peut-être arriveront-ils à passer par-dessus le malheur qui les a touchés ?

Ne sont-ils pas même un espoir de renouveau pour le village où ils se sont installés ?

Un violoncelle qui ne résonne plus

Mais si le village s’est vidé, c’est aussi parce que le malheur y a frappé. D’ailleurs, ceux qui restent sont-ils vraiment vivants ?

Le village, tout à son engourdissement, n’a en fait rien à faire de ces nouveaux venus : « On aime pas ben ben ça, le nouveau monde », leur lance Madeleine. Pas question non plus d’ajouter d’autres drames à ceux déjà accumulés : « On a assez de trouble de même avec nos affaires », met en garde Fisher, le garagiste. Et ce village, que le jeune couple voyait comme un refuge, deviendra en fait sa prison.

Ce récit, on le suit par les voix alternées de Marie et de Simon, qui ont chacun leur manière de voir et un lot de mensonges en poche pour préserver l’autre. À nous de faire la somme, qui nous donnera peu à peu la pleine mesure de l’épreuve qu’ils traversent.

Matthieu Simard nous raconte tout cela avec ­délicatesse, y mêlant même de jolis moments ­d’humour. Mais les pages les plus réussies sont celles qui font état de la peine d’un père, extrêmement bien relatée.

En page titre, Ici, ailleurs est présenté comme un « roman sans musique ». Peut-être, mais ce livre a un ton, une atmosphère et un propos qu’on n’oublie pas. Ça vaut bien le ­violoncelle qui, dans cette histoire, ne ­résonnera plus.