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Mes élèves veulent des devoirs

Mes élèves veulent des devoirs

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C’est avec une cinquantaine d’élèves que j’ai discuté de la question des travaux à faire, le soir, à la maison. C’était la première fois que j’abordais directement ce sujet avec les enfants et j’avoue que je suis passé d’un étonnement à un autre.

Je ne compte plus les moments où j’ai vu des travaux ennuyeux envoyés à la maison pour qu’ils soient terminés ou complétés. Interminables et souvent le prélude à de véritables crises familiales, les devoirs plus traditionnels sont un boulet que bien des enfants trainent avec eux jusque sur la table de la cuisine. Toutefois, la plupart des élèves avec qui j’ai parlé la semaine dernière croyaient qu’il était essentiel d’avoir des devoirs... 
 
D’abord, ils ont été nombreux à souligner l’importance de se mettre à la tâche chaque soir. Si certains insistaient sur le fait qu’il était important de retravailler ce dont nous avions parlé durant la journée dans un autre cadre, plusieurs disaient qu’il fallait se préparer au secondaire. Les heures que leurs frères et soeurs avaient passées devant leurs devoirs les avaient convaincus que le choc serait moins brutal avec un minimum de préparation en 6e année.
 
Jacob s’est toutefois insurgé sur le temps que passait son petit frère le soir à lire, écrire et compter avec ses parents. « Ça n’a pas de sens qu’il passe le double du temps que je passe sur notre blogue et dans ma lecture, Monsieur Éric! Il a 6 ans et j’en ai 12... Je me rappelle que moi, ça me faisait vraiment suer et j’aimais pas mal moins l’école.» Je lui ai répondu que c’était peut-être moi le problème ou ce que je demandais de faire à la maison, et c’est là que la discussion est devenue intéressante.
 
Ils veulent bien faire des devoirs, mais encore faut-il que ça soit quelque chose qui laisse place à la créativité. Peu importe le travail, s’il devient répétitif, mes élèves affirment haut et fort qu’ils s’impliqueront de moins en moins.  À l’inverse, même si ça demande plus de temps qu’ils voudraient bien passer devant une tâche, si celle-ci touche leurs intérêts ou qu’elle stimule leur imagination, les enfants sont même prêts à en faire plus.
 
Les enfants m’ont alors cité en exemple leur devoir de la veille. Comme à chaque soir, depuis 6 ans, mes élèves devaient visionner une capsule vidéo dans laquelle je reviens, avec une touche d’humour, sur un moment de la journée qui devient un déclencheur en écriture. Que ce soit à propos de chaines d’opérations en mathématiques, des groupes du nom dans une phrase ou d’une discussion où nous avons partagé des opinions et des valeurs, n’importe quoi peut devenir le sujet d’une de mes capsules.
 
Ce soir-là, les élèves me regardaient parler d’un album que ma collègue leur avait lu durant la journée. Une fois la vidéo terminée, ils se sont rendus sur le blogue de nos élèves de 6e année pour y écrire leurs commentaires ou pour réagir à ceux déjà inscrits. Les élèves en grandes difficultés comme les premiers de classe y ont trouvé une façon d’exprimer ce qu’ils avaient plus ou moins aimé et les décisions qu’ils auraient prises à la place du personnage principal.
 
Selon mes élèves, c’est ce à quoi devrait ressembler un devoir: un travail à travers lequel chaque enfant pourrait s’exprimer où tout n’est pas seulement vrai ou faux comme un questionnaire reposant sur du par coeur. Et même si ça signifie qu’on leur souligne leurs erreurs, ils adorent pouvoir partager en communauté d’apprentissage pour s’aider des commentaires des autres quand l’inspiration est moins au rendez-vous.
 
Enfin, les élèves ont clairement exprimé vouloir plus d’aide de leurs parents qu’ils disent être souvent trop occupés. Ils m’ont encore surpris sur ce point, car comme la plupart des jeunes de leur âge, ils donnent souvent l’impression qu’ils sont déjà des adolescents accomplis avides d’autonomie qui râlent à chaque intervention des adultes...
 
En fait, sous leurs airs de rebelles, les élèves avouent cacher un profond désir de voir leurs parents s’asseoir chaque soir avec eux et de chercher à avoir un certain plaisir à faire leurs devoirs. Mais, encore faut-il faire des choix et ne pas chercher à faire une liste exhaustive de tout ce qu’ils ne font pas bien.
 
Un objectif déterminé ensemble auparavant suffit, et il faut varier les façons de travailler. Ils ont d’ailleurs bien raison: si les multiplications, étudiées de la même manière depuis deux ans, n’entrent toujours pas dans leur tête, c’est à nous, les adultes, d’agir comme des modèles et de trouver d’autres techniques pour se jouer des difficultés rencontrées.
 
Ainsi, s’il y a une chose à retenir de cette discussion avec mes élèves, c’est que les enfants sont comme nous: pourquoi passeraient-ils une éternité à travailler sur quelque chose si ce n’est ni amusant ou stimulant? Pire encore, à quand remonte la dernière fois où vous vous êtes cassé la tête sur un problème simplement parce qu’on vous a dit qu’il fallait le faire, un point c’est tout?