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Les nouveaux aristocrates

Amy Winehouse
Photo courtoisie Amy Winehouse

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Je parlais hier des artistes qui ont des comportements erratiques ou parfois même criminels, mais que l’on pardonne parce qu’ils sont connus.

Un plombier agirait de la sorte que tout le monde lui tomberait dessus...

Mais quand c’est un acteur ou un réalisateur qui pique des crises à répétition, harcèle des subalternes ou se montre odieux envers ses confrères de travail, on ne lui réserve pas le même traitement.

On dit qu’il est « extravagant » et qu’il a « de la personnalité ».

LES INTOUCHABLES

Facile de blâmer les personnalités publiques pour ces passe-droits.

Mais nous sommes les premiers responsables de cette situation.

Nous traitons les artistes comme s’ils étaient des aristocrates, comme s’ils faisaient partie d’une caste spéciale.

Combien de prédateurs sexuels ont pu agir en toute impunité pendant des années juste parce qu’ils évoluaient dans le merveilleux monde du showbiz ?

Des Harvey Weinstein (le producteur hollywoodien qui aurait agressé plusieurs femmes au cours des 25 dernières années), on en trouve à la pelle dans ce milieu.

Des gérants qui pognent le cul de leurs protégées, des producteurs qui se croient tout permis, des réalisateurs qui promettent des rôles à de nouvelles venues à la condition qu’elles se montrent « gentilles »...

Souvent, les agissements de ces monstres sont archi connus, mais personne ne dit rien.

Un commis qui se pointe saoul à son travail risque d’être renvoyé.

Une chanteuse qui monte sur scène complètement paf avec deux heures de retard et qui s’accroche désespérément à son pied de micro pour ne pas tomber s’attirera la sympathie du public.

On dira que c’est un « être déchiré, angoissé, hyper sensible ».

On la regardera couler à pic en applaudissant.

Regardez The Rose, avec Bette Midler. Ou Amy, le documentaire déchirant sur Amy Winehouse.

LE GALA DU MEILLEUR PROF

Remarquez, je comprends les artistes.

À force de te faire dire que tu es génial et extraordinaire, tu dois avoir l’impression de ne pas vivre sur la même planète que tout le monde.

On passe notre temps à récompenser les chanteurs, les réalisateurs et les acteurs, à leur donner des statuettes et à saluer leur longue et fructueuse carrière.

Y a-t-il des galas pour le meilleur chirurgien cardiaque, le meilleur chercheur en endocrinologie ou le meilleur prof ?

Je me souviens, quand j’ai commencé à faire de la télé, je n’attendais plus pour entrer dans les bars. Le portier venait me chercher dans la file. (Est-ce que j’en profitais ? You bet.)

Et je me disais toujours : « C’est quand même bizarre, car le gars qui faisait la queue juste derrière moi est peut-être en train de travailler sur un vaccin contre le sida. Or, c’est moi qui reçois le traitement spécial. »

Même des filles qui ne m’avaient jamais donné l’heure me trouvaient soudainement intéressant.

Or, j’étais le même gars. Avec la même face.

Mais j’avais l’immense privilège de passer dans la p’tite boîte. Comme si j’avais été béni des dieux.

DÉBOULONNER LES STATUES

Pas étonnant que sur internet, les gens connus se fassent insulter.

On doit écœurer le monde avec nos galas, nos tapis rouges et nos confessions intimes sur notre déménagement, nos vacances d’été ou la naissance de notre petit dernier.