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Renégocier l’ALÉNA en évitant le pire

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De passage à Washington pour promouvoir la renégociation de l’ALÉNA, Justin Trudeau s’est efforcé de rappeler au Congrès les coûts potentiellement énormes d’un échec et de ménager l’humeur intempestive du président.

Alors que la Maison-Blanche vogue d’une crise à l’autre, Donald Trump continue de menacer d’abolir le « catastrophique » Accord de libre-échange nord-américain à moins qu’un nouvel accord ne permette aux États-Unis de gagner sur toute la ligne.

Évidemment, ce genre d’intimidation s’adresse surtout à la base électorale de Trump, pour qui tous les prétextes sont bons pour clouer le Mexique au pilori et condamner un accord négocié par un Bush et ratifié par un Clinton.

Même si le Canada est un peu comme un chien dans un jeu de quilles dans cette mise en scène politique, il doit s’assurer de tirer le meilleur parti de la nécessaire modernisation de l’ALÉNA et, surtout, d’éviter le pire.

Le monde à l’envers

Dans les négociations commerciales à Washington par les temps qui courent, c’est le monde à l’envers.

Habituellement, les présidents américains sont les défenseurs du libre-échange et le Congrès joue le rôle du méchant protectionniste.

Aujourd’hui, dans la scène classique du « good cop bad cop », les rôles sont inversés, ce qui représente tout un défi pour les négociateurs canadiens et mexicains.

Des menaces et des sourires

En marge de la visite de Trudeau d’hier, Trump a réaffirmé sa détermination à bazarder l’ALÉNA si celui-ci ne garantit pas des surplus commerciaux aux États-Unis.

Il a entre autres déclaré qu’il serait prêt à négocier des accords bilatéraux à la pièce avec ses deux voisins, ce qui peut passer en surface pour une manifestation d’ouverture, mais serait très problématique pour le Canada et le Mexique.

Somme toute, Justin Trudeau ne s’est pas trop mal tiré du bref face-à-face d’hier. Le premier ministre canadien a su écouter patiemment les bravades et les envolées rhétoriques de son vis-à-vis en souriant et en lui rappelant gentiment que chacun ne peut gagner de telles négociations que si tous y gagnent.

Encore une fois, on a pu constater que dans ses interactions avec Donald Trump, la formation d’acteur de théâtre de Justin Trudeau le sert assez bien.

Le Congrès, un allié imprévisible

Ce qui rend la négociation délicate pour le Canada est que le Congrès est le principal allié des partenaires commerciaux des États-Unis dans la capitale, mais ce rôle ne lui est pas familier.

Les exportateurs et les États qui bénéficient de l’ALÉNA ne seront pas silencieux dans les semaines qui s’en viennent, mais le Congrès sera d’abord à l’écoute de ceux qui réclament des concessions majeures de la part du Canada.

Même si les menaces de Trump sont creuses, on ne peut pas compter sur son aide non plus. Cela laisse le Congrès comme dernier rempart de défense des accords existants et comme promoteur de leur modernisation.

Pour le Canada, ce n’est pas une perspective très encourageante.