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Philippe Couillard à l’écoute?

Philippe Couillard accompagné du nouveau ministre des Transports, André Fortin, et de sa petite fille Élodie.
Photo Didier Debusschere Philippe Couillard accompagné du nouveau ministre des Transports, André Fortin, et de sa petite fille Élodie.

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Le premier ministre du Québec s’est révélé tel qu’en lui-même au cours de la cérémonie d’assermentation de son nouveau cabinet. À un an des élections, il tente de convaincre les Québécois francophones qui, dans les sondages actuels, désertent le PLQ, qu’il est désormais à leur écoute, c’est-à-dire depuis la gifle magistrale que son parti a reçue lors de l’élection partielle récente.

Mais comment peut-il les écouter lorsqu’il parle de façon obsessionnelle du « repli de soi et du négativisme », sa façon de dénoncer encore l’inquiétude identitaire d’une majorité de francophones ?

Comment peut-il les écouter lorsque l’on sait que le premier ministre n’a pas encore compris que ses ministres ont besoin d’accéder à lui, de lui parler ? Un premier ministre doit encadrer le travail de ses ministres, ce que Philippe Couillard semble incapable de faire. Sous le couvert de l’anonymat et avec crainte, certains osent confier que Philippe Couillard n’est jamais ou presque pas accessible.

Embrassades

Au cours de la cérémonie, les embrassades interminables des ministres devant les caméras s’expliquent peut-être par le plaisir qu’ils ressentaient d’être enfin en sa présence. Et que dire de ses députés qui n’ont jamais pu lui adresser la parole en tête à tête depuis trois ans ?

L’homme froid et gauche dans l’expression de ses émotions a insisté sur l’importance de favoriser la vie de famille. Il a même amené dans ses bras la petite fille de son nouveau et jeune ministre des Transports André Fortin au moment où ce dernier était assermenté. On a eu droit par la suite aux allers-retours de la petite et de sa grande sœur vers papa alors que l’assermentation se poursuivait. L’utilisation des enfants par les politiciens alors que la maman était assise au premier rang et pouvait les retenir auprès d’elle est-elle acceptable ? Monsieur Couillard ne se laisse-t-il pas influencer par Justin Trudeau à cet égard ? Tout le monde n’est pas dupe, mais la photo du bébé dans les bras du papa ministre a fait les manchettes hier.

Politique de l’image oblige. Les cérémonies protocolaires, donc, empreintes de solennité, qui expriment le respect de l’institution et des fonctions politiques, continuent d’être entachées par la culture de selfies.

Communautarisme

Philippe Couillard compte-t-il convaincre les francophones en reprenant son discours communautariste à la face du Québec ? « Toutes nos appartenances nous renforcent. Pour affirmer une identité, nul besoin d’en effacer, d’en diminuer ou d’en rejeter une autre », a-t-il déclaré hier avec une conviction vibrante. Mais qui donc le conseille et l’informe en ces matières inflammatoires ? Et pourquoi au cours de cette cérémonie a-t-il mis tant d’insistance sur ce thème sinon qu’il sent l’ombre de François Legault, qui lui brouille désormais la vue avec sa CAQ, seule solution de rechange vraisemblable à ce parti libéral dirigé par un nouveau père Fouettard ?

Qui est assez naïf ou inconscient pour croire que le nouveau gouvernement va changer de cap en moins d’un an sans que le premier ministre ait fait son examen de conscience sur l’insensibilité qui a marqué ses politiques à ce jour ?