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Fonds secret de la SQ: l’ex-D.G. Deschenes témoigne pour la défense

Richard Deschenes
Photo Chantal Poirier Richard Deschenes

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L’ancien directeur général de la Sûreté du Québec Richard Deschenes a lui-même pris la décision de rémunérer un consultant avec le fonds secret du corps policier, a-t-il témoigné à la cour ce mardi.

«C’était ma décision, pour les intérêts de la Sûreté, et comme il n’y avait pas d’appel d’offres, je ne brimais personne», a déclaré M. Deschenes au procès de son ancien adjoint Jean Audette.

Audette, un ancien directeur général adjoint, est accusé de fraude, de vol et d’abus de confiance. La Couronne lui reproche d’avoir illégalement utilisé un fonds secret normalement utilisé pour des «dépenses spéciales d’opération» comme la rémunération de sources, par exemple.

Mais en 2011 et 2012, Audette aurait pigé dans cette caisse afin de payer les honoraires d’un ex-collègue devenu consultant en relations de travail. Denis Despelteau ne pouvait plus être payé directement par la SQ en raison de problèmes avec le fisc, et Audette l’aurait ainsi rémunéré avec ce fonds secret qui ne laisse habituellement aucune trace.

Demande

Son ancien patron est toutefois venu à la barre pour assurer qu’Audette n’a fait qu’obéir à sa demande.

«J’ai fait ma demande, et M. Audette a dit oui», a assuré M. Deschenes.

Lors du procès, un témoin avait affirmé qu’il y avait environ 1500 dépenses secrètes par année, qui peuvent aller de l’achat d’équipement technique à l’achat de produits de contrebande pour servir à des enquêtes.

L’ex-D.G. a toutefois ajouté que les «dépenses spéciales d’opération» servaient aussi à payer des honoraires ou des formations.

«C’était la façon de faire de la Sûreté», a-t-il assuré.

Relations de travail

Pour M. Deschênes, il y avait urgence de garder Denis Despelteau, puisqu'il était «essentiel» dans les relations de travail de la SQ, a répété à plusieurs reprises le témoin.

«M. Despelteau était mon conseilleur principal, un homme de confiance, une clé maîtresse», a témoigné Richard Deschenes mardi au palais de justice de Montréal.

Le consultant était ainsi «le plus important joueur en lien avec l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec» [APPQ].

L’APPQ était «puissante», a ajouté M. Deschenes tout en ajoutant qu’il voulait éviter des moyens de pression.

«En 2004 ou 2005, les policiers avaient arrêté de donner des amendes, l’impact monétaire pour le gouvernement a été des pertes d’environ 50 millions $», a-t-il affirmé.

Après avoir accepté de rémunérer le consultant avec le fonds secret, ce dernier a demandé une hausse de ses honoraires. M. Deschenes dit avoir accepté.

«Ma décision était prise et son exigence n’était pas déraisonnable», a expliqué M. Deschenes.

Au total, M. Despelteau aurait ainsi empoché 233 000 $. Il a ensuite été accusé dans cette affaire, écopant de 15 mois à purger dans la collectivité.

Le procès de Jean Audette, devant le juge Thierry Nadon, se poursuit cet après-midi, au palais de justice de Montréal.