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Un policier affirme que les réserves sont «hostiles»

Il reconnaît ne pas agir de la même manière avec les Autochtones

Nicolas Scholtus Champagne et Patrick Boulianne<br />
Policiers
Photo d'archives, Amélie St-Yves Nicolas Scholtus Champagne et Patrick Boulianne
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TROIS-RIVIÈRES | Un policier accusé d’avoir arrêté et détenu illégalement un homme, en plus d’avoir tiré sur son chien, qualifie les réserves autochtones « d’hostiles », et affirme que cela nécessite parfois des interventions plus musclées qu’en ville.

Appelé à se défendre devant la déontologie policière, l’homme qui travaillait au sein de la police d’Odanak, Nicolas Scholtus-Champagne, a rappelé l’omniprésence d’armes à feu chez les Autochtones, dont plusieurs sont chasseurs. Il a également souligné la consommation de drogues et la pauvreté, qui viennent compliquer les interventions policières, pour justifier l’arrestation musclée et le fait qu’il a tiré sur un chien.

« Par exemple, si un individu met les mains dans ses poches, j’aurai moins de tolérance que si je travaillais en ville », a-t-il admis mardi.

Agression armée

Vers 4 h, le 30 juin 2013 au matin, Scholtus-Champagne dit avoir eu l’information de la Sûreté du Québec que le suspect d’une agression à coups de bâton de baseball était Edward Coughlin, d’Odanak, une réserve amérindienne du Centre-du-Québec.

Puisqu’il n’arrivait pas à joindre son superviseur, il a réveillé son colocataire, le policier Patrick Boulianne, pour qu’il vienne l’assister tandis qu’il se présentait à la résidence du suspect.

Les deux agents sont maintenant accusés en déontologie policière d’avoir utilisé leurs armes à feu de façon négligente, d’avoir arrêté et détenu illégalement Edward Coughlin, de ne pas lui avoir lu ses droits, ni de lui avoir dit pourquoi il était intercepté.

Edward Coughlin pense que si son chien Willy n’avait pas été un pitbull, il serait mort.
Photo d'archives, Amélie St-Yves
Edward Coughlin pense que si son chien Willy n’avait pas été un pitbull, il serait mort.

 

Chien

Scholtus-Champagne reconnaît avoir dégainé son pistolet et l’avoir tenu à la hauteur du thorax tandis qu’ils cognaient à la porte. Edward Coughlin ne répondait pas et les jappements d’un gros chien rendaient la communication presque impossible.

« J’ai pris ma plus grosse voix et je lui ai dit : “ Edward Coughlin, sors dehors les mains en l’air et laisse ton chien en dedans. Si tu fais sortir ton chien, je le tire ” », a-t-il raconté devant le tribunal administratif.

Un chien nommé Willy, croisé entre un labrador et un pitbull d’environ 70 livres, est ensuite sorti de la maison pour les attaquer, selon le policier.

Erreur sur la personne

Scholtus-Champagne a tiré trois fois vers le chien, mais ignore combien de balles l’ont atteint. L’animal est retourné à la maison en se lamentant, tandis qu’Edward Coughlin était menotté, à genou, torse nu et «en pieds de bas», puis il a été amené au poste.»

Le chien a finalement survécu.

Or, cette arrestation découle d’une mauvaise communication entre la Sûreté du Québec et le corps de police des Abénakis, selon Nicolas Scholtus-Champagne. Les deux policiers ont ramené le suspect chez lui.

Coughlin n’a jamais été accusé dans l’affaire de voies de fait, pas plus qu’il n’a été accusé d’agression armée envers les policiers.

Il a intenté une poursuite au civil pour un montant de 37 109,75 $. La cause n’a toujours pas été réglée.

Nicolas Scholtus-Champagne et Patrick Boulianne travaillent maintenant tous les deux au service de police de Saint-Jérôme.

L’audience en déontologie policière des deux policiers doit se poursuivre toute la semaine.