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Le «cas» Marcel Aubut

Le «cas» Marcel Aubut
Photo d'archives

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Avec raison, ça discute fort au Québec des allégations d’inconduite sexuelle reprochées à l’animateur Éric Salvail et décrites dans un reportage d’enquête du quotidien La Presse.

Le même jour, le Journal rapporte que Marcel Aubut, puissant homme d’affaires et ex-président du Comité olympique canadien (COC), est aussi visé par une poursuite au civil de 448 000$ pour harcèlement sexuel.

Ce qui, à la lumière des firmes qui se dissocient de M. Salvail, soulève en même temps de nouveaux questionnements sur le «cas» Aubut.

Qu’on le fasse volontairement ou non, il existe plusieurs manières de banaliser le harcèlement sexuel.

Une d’entre elles est d’embaucher comme lobbyiste un homme influent dont les gestes de harcèlement sexuel envers plusieurs femmes ont pourtant été reconnus par celui-là même qui les a posés.

Parlons donc ici de Marcel Aubut. On se souviendra qu’en 2015, l’homme aux nombreux contacts privilégiés dans les coulisses du pouvoir de Québec et d’Ottawa, le reconnaissait en effet lui-même.

En janvier 2016, un rapport interne du COC allait encore plus loin. Il révélait que «de hauts dirigeants du Comité olympique canadien (COC) ont fermé les yeux sur les agissements de l’ex-président Marcel Aubut, alors qu’une majorité d’employés ont admis avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel de sa part

Or, depuis, Marcel Aubut continue de recevoir des mandats lucratifs de lobbying pour des clients prestigieux. La liste la plus récente est ici, soit au registre des lobbyistes du Québec. (Pour obtenir la liste, il faut taper le nom Marcel Aubut dans la section mots-clés, puis cliquer sur Rechercher)

Pour l’historique de l’ensemble de ses mandats – un historique long et contenant de multiples mandats de 2003 à aujourd’hui, c’est ici. (Pour obtenir la liste, il faut faire la même chose, mais cliquer ensuite sur Historique.)

En tant que lobbyiste inscrit et rémunéré, Me Aubut peut donc «discuter» librement avec ce qu’on appelle des «titulaires de charge publique».

Considérant le passé encore récent de l’homme en matière de harcèlement sexuel – Me Aubut, rappelons-le, est également poursuivi au civil pour 448 000$ par l’avocate Amelia S. Fouques pour «trois épisodes allégués de harcèlement sexuel» -, l’embauche de Me Aubut comme lobbyiste par des firmes prestigieuses pour discuter avec des décideurs publics envoie un message troublant de banalisation.

Dès octobre 2015, soit une fois l’«affaire» Aubut connue, Luc Bégin, éthicien et professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, expliquait d’ailleurs pourquoi Marcel Aubut «n’a plus l’autorité morale pour défendre des dossiers de lobbying» :

«L’autorité morale renvoie au fait que son détenteur détient une forme de respect et d’estime. Dans le cas de Me Aubut, cette estime et ce respect sont affectés par les comportements dénoncés et surtout par le fait qu’ils se sont déroulés dans un contexte de travail. Un client embauche un lobbyiste de prestige parce qu’il sait que ce statut permet de faire avancer un dossier, mais il ne veut pas être associé à une image négative. Je crois qu’une pause est appropriée pour les activités de lobbysme de Marcel Aubut. (...)

En fait, ce qui me trouble dans cette histoire, c’est que des gens qui ont une forme de pouvoir et d’influence ont laissé aller cette situation. La manière dont on a laissé aller ce type de comportement est troublant. On entend que Marcel c’est Marcel mais cela veut dire qu’on laisse aller ce type de comportement parce que c’est une personne plutôt qu’une autre. Cette loi du silence pose problème.»

Bref, comme si rien de répréhensible ne s’était passé, Marcel Aubut cumule encore et toujours de gros mandats de lobbying.

Morale de cette histoire : on a beau dénoncer le harcèlement sexuel sur la place publique, encore faut-il être conséquent quand vient le temps d’embaucher ou de «discuter» avec un lobbyiste.

On ne peut pas crier au scandale et faire en même temps comme si de rien n’était.