/opinion/blogs/columnists
Navigation

Les hommes aussi, victimes sexuelles

Éric Salvail
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI Éric Salvail

Coup d'oeil sur cet article

Ça fait longtemps que je le dis. Je le disais au moment de #agressionnondénoncée. Je l’ai dit au sujet de #metoo #moiaussi : arrêtez de penser que les victimes ne sont que des femmes.

Arrêtez de laisser entendre qu’il y a uniquement des machos hétéros qui agressent, abusent, harcèlent uniquement des femmes. C’est oublier tous les hommes victimes de profs pédophiles, d’entraineurs sportifs abuseurs, de curés prédateurs, ou de metteurs en scène qui te demandent de les sucer si tu veux le rôle de jeune premier au théâtre.

Chaque fois que je rappelle qu’il faut s’occuper des victimes masculines de harcèlement ou d’agressions sexuelles, je me fais toujours répondre par les militantes féministes : « Oui mais c’est seulement une minorité. Dans la grande majorité des cas, les femmes sont les victimes ». Ah bon, je pensais que les forces progressistes se portaient justement et précisément à la défense des minorités ? À moins qu’il y ait des minorités qui valent la peine d’être défendues et d’autres dont on se soucie peu.

À partir de quel pourcentage d’hommes victimes doit-on se porter à leur défense ? S’il n’y a que 3% des victimes de violence conjugale qui sont des hommes , on s’en tape, mais si c’est 50% on s’intéresse à eux ?

Et quand va-t-on reconnaître que des patronnes ou collègues abusent aussi de leur autorité et multiplient les allusions sexuelles ou le chantage professionnel ?

Le harcèlement, les agressions, ce n'est pas une question de sexe. C'est une question de pouvoir: "Je le fais parce que je peux le faire." Et si le pouvoir monte à la tête des hommes, il monte aussi à la tête de certaines femmes... Après #balancetonporc va-t-on voir la déferlante #balancetatruie ?

Quand j’entendais hier la ministre Hélène David dire à quel point l’affaire Weinstein et le mouvement #moiaussi montraient l’importance du mouvement féministe, et que ça renforçait l’importance de l’existence du Conseil du statut de la femme, je me disais qu’elle ne se souciait que des victimes quand ce sont des femmes. Pourtant, quand on s’insurge contre les violences sexuelles, il faut TOUTES les dénoncer.

Un homme qui se fait harceler ou agresser, qu’est-ce que vous voulez que ça lui fasse de se faire dire qu’il ne fait partie que d’une « minorité » de cas ? Est-ce que ça rend sa souffrance moins grande, est-ce que ça rend son traumatisme moins valide ?

Ce matin, c’est le dossier Salvail qui éclate au grand jour. Marco Berardini, qui a témoigné en donnant son nom dans La Presse +, a écrit sur son compte Twitter « Les agressions sexuelles peuvent arriver peu importe le sexe (gender) et il faut que ça cesse » .

Et il a utilisé le mot-clic #metoomen (moiaussihomme). Merci Marco d’avoir témoigné. Et merci de rappeler à tout le monde, que les hommes aussi sont des victimes potentielles et qu’ils méritent la même écoute que les autres.