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Chacun son p'tit rôle

et si tout commençait pas la base?

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Depuis quelques jours, mes doigts sont paralysés sur mon clavier. J’essaie tant bien que mal de réagir à ce qui se passe dans l’actualité, mais je n’y arrive pas.

Il n’en reste pas moins que je suis là, mon cell à la main, à tout lire ce qui circule. Les allégations, les accusations, les réactions. J’ai rarement vu autant de violence défiler dans mon écran. Venant des nouvelles, mais aussi des commentaires émis par monsieur-madame Tout-Le-Monde, dans le confort de leurs salons, ou claironnés par différents intervenants de l’univers médiatique, du haut de leur tribune.

Je lis des atrocités, des obscénités et aussi de beaux gestes de solidarité. Je suis émue et je me sens portée par cet élan, cette vague de soutien. Mais je continue de chercher, à mon grand désespoir, de quelle façon je peux aider, maintenant. Comment je peux, moi, être artisane du changement.

Parce que je suis maman de trois garçons, et surtout parce que #moiaussi, comme bien d’autres; je suis tourmentée par l’idée d’engendrer des agresseurs. Au gré de l’actualité, les craintes varient : intimidation, agression physique, sexuelle, viol, etc. Mais une chose qui reste, c’est que je suis convaincue que j’ai un rôle à jouer, aujourd’hui, dans le sort des filles et des garçons de demain.

J’ai un rôle à jouer, en tant que femme, pour faire changer les mentalités. Un hashtag à la fois, un like à la fois, un partage à la fois. J’ai une tribune et il est de mon devoir d’y élever la voix, pour que cela devienne la norme, de dénoncer les actes disgracieux. Pour que mes garçons voient que ce genre de geste ne reste pas dans l’ombre. Pour que, s’ils en sont victimes, témoins ou s’ils posent eux-mêmes ce type de gestes, qu’ils sachent que les victimes ont le droit le plus fondamental d’être écoutées.

Ils doivent connaître les ressources, le mécanisme de dénonciation. Ils doivent avoir la conviction profonde d’avoir le droit de se faire entendre et ce, peu importent les sobriquets que les juges du dimanche leur attribueront, via le tribunal populaire.

Ils doivent apprendre à soutenir, à épauler et à encourager la dénonciation, même si elle vise quelqu’un qu’ils aiment. Parce que la sécurité est impartiale et que tout le monde a droit à une épaule sur laquelle se tenir, quand il n’arrive pas à relever la tête sous le poids de la honte.

J’ai un rôle à jouer, en tant que maman, pour démontrer à mes trois garçons que l’amour, ça ne doit pas faire mal. Pour leur faire comprendre que non, c’est non. Que le mot soit prononcé sur un ton inconfortable ou en riant nerveusement Que ce soit ferme ou hésitant. Quand c’est non, c’est non. C’est tout.

Et ça, c’est mon devoir, en tant que mère, de leur apprendre. J’ai le devoir, en tant que femme qui a du souvent se relever dans la vie, en tant que femme qui a vu, déjà, les mentalités évoluer, de leur apprendre à respecter quand un ami n’a pas envie de calin, de bisou ou qu’on lui touche. Je dois leur apprendre que dans la vie, ça existe des frères qui n’ont pas envie de se faire serrer dans les bras pour se réconcilier et que quand on demande de l’intimité, c’est ok.

En tant que maman, Je dois leur montrer comment respecter les limites des autres. Et pour ce faire, je dois respecter les leurs, tout en incitant notre entourage à le faire, aussi.

Comment pouvons-nous espérer que nos enfants comprennent de ne pas embrasser sans consentement, si on les oblige nous-même à embrasser les grands-mères, cousines et arrière-grand-pères, pis en leur martelant qu’ils sont impolis s’ils refusent?

Comment on peut leur demander de ne pas forcer un contact physique, quand on les oblige à faire des câlins à des gens qu’ils ne connaissent pratiquement pas, juste parce que c’est comme ça?

Comment espérer qu’ils comprennent que c’est inacceptable de forcer une femme à faire la belle pour avoir un emploi quand ils voient leurs cousines devoir sourire et montrer qu’elles sont jolies pour avoir les mêmes opportunités qu’eux?

Comment les protéger d’une agression; comment les armer contre la manipulation; comment les équiper pour se défendre, si on prend le parti des agresseurs en traitant les victimes de tous les noms, si on fait fi des statistiques alarmantes à propos des crimes sexuels, si on minimise un mouvement de dénonciation en le décrivant comme une quête d’attention?

Croyez-moi, le jour ou on se fait agresser, la dernière chose qu’on veut, c’est de l’attention.

J’ai bien conscience qu’une fois qu’ils seront majeurs et vaccinés, le sort sera jeté pis qu’ils feront ben ce qu’ils voudront, mais au moins j’aurai la profonde conviction d’avoir fait tout ce qui est en mon possible et au meilleur de ma connaissance, pour ne pas engendrer des agresseurs.

J’ai aussi un rôle à jouer, dans la société, en parlant, lorsque nécessaire. Et dans les limites de mes besoins. Parce que c’est pas parce pour moi, ça changera pas grand-chose de dénoncer un agresseur, que ça veut dire que j’ai pas le devoir, mais surtout le droit de lever le poing bien haut en scandant que #moiaussi.

Pis pas juste une fois, pis pas juste par une personne. Ben oui.

Pour que mes enfants puissent évoluer dans un monde meilleur que le mien, par respect pour ceux qui se sont battus pour que moi-même je vive dans un monde meilleur, j’ai un rôle à jouer.

Et si on tenait chacun notre rôle?