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Mentorat : passer le relais

Mentorat : passer le relais
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Philippe Jean Poirier - 37e AVENUE

 

Le départ à la retraite des baby-boomers pousse les entreprises à mettre en place des processus pour la transmission des connaissances afin d’éviter la perte de ces dernières. Portrait d’un changement de garde bien préparé.

À 70 ans, Tony Barber pourrait être à la retraite, après 40 ans de loyaux services chez Bombardier. Il n’en est rien. Cet ingénieur expert en avionique travaille à établir une vision pour le futur de l’industrie, tout en préparant son successeur au poste de vigie technologique. Il est mentor d’un « jeune » ingénieur sénior, qui le remplacera bientôt sur les comités internationaux.

Pour une entreprise comme Bombardier, qui œuvre dans un domaine de pointe, la transmission de la connaissance est un réel défi. « C’est un enjeu aussi bien lors d’un départ à la retraite que pour un changement de poste ou un mouvement interne », souligne Marco Beaulieu, chef de pratique et gestion des connaissances chez Bombardier.

Trouver un successeur n’a pas été chose facile, explique Tony Barber. « S’il s’agissait seulement de transmettre des connaissances techniques, on pourrait les écrire. On veut communiquer une vision, une manière de penser. Ça prend une personne qui a une grande ouverture d’esprit, et qui est capable de penser en dehors des cadres existants. »

Or, il ne s’agit pas d’une conversation à sens unique : « Chacun apporte sa contribution, poursuit le septuagénaire. Je travaille sur la vision et les concepts. Mais mon protégé est beaucoup plus impliqué que moi sur l’implémentation de cette vision. C’est lui qui dirige les tests sur les simulateurs de vol, avec une petite équipe d’ingénieurs et de pilotes. »

Tony Barber reconnaît qu’il a une « responsabilité » dans la transmission de cette connaissance, par le fait qu’il a une expertise que personne d’autre ne détient. Ce n’est toutefois pas par obligation qu’il se prête au jeu : « Pour moi, c’est vraiment par passion. Je sens que je peux continuer de contribuer au futur de l’aviation. »

Le projet Héritage

Transmettre la connaissance d’une génération à l’autre est un défi non seulement pour Bombardier, mais également pour ses fournisseurs. « Un de nos partenaires a fait le calcul, dit Marco Beaulieu. C’est 26 % de son personnel qu’il doit remplacer dans les prochaines années, avec les départs à la retraite. »

C’est pour relever ce défi que Bombardier a lancé le projet Héritage en 2014. Le projet vise à faciliter la transmission des connaissances « tacites », précise le chef de pratique : « L’expérience, le savoir-faire, tout ce qui n’est pas documenté, qu’on ne trouve pas dans un manuel ou sur un site Web. »

La première étape a été de recueillir l’information directement à la source, en interviewant des ingénieurs séniors. « On utilise entre autres la technique de storytelling. On leur demande de raconter les problèmes auxquels ils ont fait face et comment ils les ont surmontés. La réponse a été fantastique. Les baby-boomers sont d’excellents raconteurs ! »

Une fois le matériel assemblé, il est mis à la disponibilité des ingénieurs juniors dans le cadre de rencontres de groupe, mais aussi de séances de mentorat individuelles.