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Pour ma fille, on doit faire mieux

Pour ma fille, on doit faire mieux
Myriam Lafrenière

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Je ne veux jamais avoir à dire à ma fille de bien serrer ses clés, dans son poing, quand elle revient à la maison.

Je ne veux pas avoir à la prendre dans mes bras et à cacher mon visage dans ses cheveux, et la bercer, la bercer en lui disant #moiaussi, tu es forte, et ça passera, peut-être. Je ne veux pas avoir à étreindre la douleur de ma fille. Je ne veux pas imaginer que cela soit possible.

Hier j’ai parlé avec Sue Montgomery, une des deux initiatrices, avec Antonia Zerbisias, du hashtag d’il y a trois ans, #beenrapedneverreported, repris en français sous #agressionnondénoncée, grâce à une initiative de Je Suis Indestructible et de la Fédération des Femmes du Québec. Elle m’a parlé de ses expériences, de quand elle avait trois ans, de son grand-père qui l’agressait et de sa mère qui ne voulait pas savoir, d’un collègue plus tard, qui l’a aussi agressée. Elle m’a dit que maintenant, même s’il y avait encore de la stigmatisation, elle savait qu’il y avait plus de ressources pour les victimes. Sa fille, violée, avait eu beaucoup plus de ressources qu’elle par le passé. Sa fille. Sa fille n’était pas obligée de rester silencieuse. Sa fille serait crue.

Pour ma fille, on doit faire mieux
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Ma fille. Je ne veux pas imaginer trouver un certain réconfort au fait que ma fille ne sera jamais toute seule, si elle est victime d’une agression sexuelle. Ma fille ou mon fils. Je ne veux pas lire sous le nom de ma fille ce que des garçons ont fait d’abord à ma cousine, à des amies, à des femmes, braves, qui énumèrent, sur les réseaux sociaux, les sifflements, les attouchements, les portes fermées, les membres coincés, je ne veux pas lire sous le nom de ma fille qu’elle a été forcée, d’entendre ou de subir.

Refuser d’imaginer un visage de clown brouillé par les larmes

Je ne veux pas être comme la maman d’une amie, qui a dû, après une fête d’enfants, accueillir sa fille de 8 ans, le visage maquillé en clown cerné de larmes, puis à 11 ans, l’accueillir à nouveau, après que cinq ou six garçons, l’aient insultée, sifflée, puis touchée. Mon amie a hurlé, en marchant, jusque chez elle. Ils riaient. Quand elle a raconté à sa mère, celle-ci s’est rendu compte qu’ils étaient encore en face de la maison. Je ne veux pas être cette mère qui sort de la maison et dont la fille l’entend crier que c’est intolérable, qu’ils sont dégueulasses, que c’est interdit et qu’elle pourrait être leur sœur.

Leur sœur. Ou ma fille.

Ça ne devrait arriver à personne.

Pour ma fille, on doit faire mieux
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« Nous pouvons tous faire mieux »

Nick Jack Pappas, un auteur et activiste, rappelait sur Twitter que tout le monde est concerné par les agressions sexuelles, et que les hommes devraient cesser de dire qu’ils sont touchés par cette culture car ils ont une mère, une sœur ou une fille. « Vous devriez dire que vous avez un père, un frère et un fils qui peuvent faire mieux. Nous pouvons tous faire mieux. »

Je ne veux jamais trouver normal de prendre dans mes bras un enfant et de lui dire que ça passera. Car tout doit passer, sinon quoi, sinon nous pleurerons ensemble, entre mères et filles, entre sœurs, entre tantes et nièces, entre amis, nous pleurerons et nous nous répéterons que nous sommes fortes et forts, et que ça doit cesser, encore et encore, nous répéterons que ça doit cesser.