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Si ça changeait à cause de Salvail, Rozon et d’autres?

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Harvey Weinstein à Hollywood, Jimmy Saville à Londres, Bill Cosby à Philadelphie, Jian Ghomeshi à Toronto, Éric Salvail et Gilbert Rozon à Montréal, la liste des personnalités troubles s’allonge. Combien d’autres n’ont pas encore été démasquées ? Combien ont abusé de leur pouvoir ou de leur notoriété pour se défouler et obtenir des faveurs sexuelles ?

Les vedettes que je mentionne n’ont pas été condamnées par la justice — pas encore du moins —, mais elles l’ont été par l’opinion publique. L’opinion publique ne fait pas de quartier. Avec elle, il n’y a ni défense ni appel et aucunes nuances, fussent-elles de gris. Le couperet de l’opinion s’abat et la trappe s’ouvre.

À la suite de l’affaire Weinstein et grâce à des mots-clics comme #me too ou #balancetonporc, des milliers de dénonciations affluent de toutes les parties du monde. Pareille vague de protestations pourra-t-elle transformer de façon durable les rapports entre les sexes ? Pourra-t-elle transformer les relations entre ceux qui ont du pouvoir et les autres ?

Comme en témoignent les frasques d’Éric Salvail, les victimes des harceleurs ne sont pas toujours des femmes. L’épouvantable feuille de route de l’animateur britannique Jimmy Saville confirme que les agresseurs n’épargnent surtout pas les enfants, garçons ou filles.

LA HANTISE DES CONTRAINTES

Le déferlement actuel de dénonciations sur les réseaux sociaux démontre que le viol, les agressions et le harcèlement sexuel sont monnaie courante dans tous les milieux. S’ils font plus de bruit dans le show-business, c’est qu’ils impliquent des personnalités archi-connues, des animateurs qui entrent chaque jour dans nos foyers au moyen du petit écran.

Depuis quelques décennies, jamais le cinéma, la télévision et même le théâtre n’ont montré autant de scènes de sexe et de nudité. Chez nous probablement plus qu’ailleurs. Comme si nous voulions confirmer notre hantise de toutes les contraintes religieuses ou morales qui nous ont écrasés si longtemps.

Ce sont presque toujours les femmes qui font les frais de ces scènes de sexe et de nudité. Des scènes qui sont de plus en plus explicites et souvent à la limite du soutenable. La plupart des jeunes actrices, si ambitieuses soient-elles, doivent sûrement s’y prêter à contrecœur.

Pour son film La vie d’Adèle, palme d’or à Cannes, le réalisateur Abdelatif Kechiche a forcé Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos à jouer une scène de sexe durant une heure et à la répéter plusieurs fois sur une période de 10 jours. Les deux actrices ont fait état publiquement de leur profond malaise, mais loin de nuire au film, leur sortie a rameuté le public dans les salles.

UNE QUESTION DE DIGNITÉ

Le show-business restera ce qu’il est tant que le public ne s’insurgera pas chaque fois qu’un film, une émission ou un spectacle portent atteinte à la dignité humaine. Le public aussi a une responsabilité.

Le show-business changera quand auteurs et producteurs montreront plus de conscience sociale, quand les diffuseurs cesseront de tout sacrifier sur l’autel des cotes d’écoute. Quant aux réalisateurs, qu’ils cessent de vivre leurs fantasmes par acteurs et actrices interposés. Que le respect qu’ils prétendent avoir pour leurs interprètes soit autre chose qu’un vain mot.

Les règles qu’impose la morale sociale de notre époque sont assez généreuses pour qu’aucun créateur, si avant-gardiste soit-il, ne se sente brimé.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Une société est équilibrée lorsqu’elle se passionne autant pour la chute de ses vedettes que pour leur ascension – Philippe Bouvard (Mille et une pensées – 2005)