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Tombent les masques et les dominos

Gilbert Rozon
Photo Chantal Poirier L’homme d’affaires Gilbert Rozon a démissionné de toutes ses nombreuses fonctions au Québec.

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Éric Salvail et Gilbert Rozon. À moins d’un revirement spectaculaire, ces deux tsars du showbiz québécois risquent fort d’être emportés par la vague irrépressible de l’affaire Harvey Weinstein.

On les croyait intouchables, mais en une seule journée, de lourdes allégations d’inconduite sexuelle les ont précipités en chœur bien loin en bas de leur piédestal. La raison ?

Après le mouvement « agressions non dénoncées », l’affaire Harvey Weinstein braque les projecteurs sur un phénomène nettement plus large encore. Grâce au mouvement « moi aussi », s’ajoute en effet une kyrielle planétaire de dénonciations contre une culture ambiante de harcèlement sexuel qui refuse encore et toujours de mourir.

Cette culture, on le sait, peut sévir dans tous les milieux où règnent des rapports d’autorité et de pouvoir, petits ou grands. Que ce soit au sein même des familles, au travail, dans l’enseignement, les milieux culturels, religieux, sportifs ou politiques, riches ou pauvres, éduquées ou pas, beaucoup trop de filles et de femmes ont subi des épisodes d’agression et/ou de harcèlement. J’en suis malheureusement une parmi des légions.

Sans frontières

Les allégations d’inconduite sexuelle répétée visant l’omnipuissant animateur et producteur Éric Salvail, montre que le phénomène traverse toutes les communautés et orientations sexuelles. Quant à la démission fracassante de Gilbert Rozon de ses fonctions, toutes plus influentes et prestigieuses les unes que les autres, elle continue à faire tomber les masques et les dominos.

En matière d’agressions et de harcèlement, qu’on se le dise clairement, ce sont néanmoins les femmes qui en demeurent les principales victimes. Une autre « culture » tentaculaire — celle de la porno —, contribuant aussi fortement à déshumaniser les femmes que l’on réduit à l’écran à de petites « choses » soumises au mâle dominant.

À savoir que de plus en plus de garçons et d’hommes y puisent un « modèle » tordu et terriblement faux des rapports avec les femmes nous glace le sang.

Cela dit, le manque évident et fondé de confiance des victimes envers un système de justice trop souvent insensible explique en partie ces vagues successives de dénonciations. Le ras-le-bol collectif et individuel des femmes en est cependant le véritable déclencheur. Le premier moteur du changement, il est là.

Ce ne sont pas des « mononcles » !

À l’Assemblée nationale, Hélène David, fière féministe et nouvelle ministre de la Condition féminine, semble fin prête à explorer avec grand sérieux des manières concrètes d’enclencher un changement vital de culture en matière d’agressions et de harcèlement.

Les hommes qui abhorrent ces comportements inacceptables devront quant à eux apprendre à les dénoncer. Une fois pour toutes. L’humoriste Guillaume Wagner l’a bien compris.

À l’opposé, l’usage à toutes les sauces de l’expression grossièrement cliché de « mononcle » pour qualifier un harceleur ou un agresseur ne fait que banaliser la gravité réelle des gestes posés.

Commençons par nommer les choses par leurs vrais noms. Un agresseur est un agresseur et un harceleur est un harceleur. Point.