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L'indifférence politique d'une génération

L'indifférence politique d'une génération

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Le Québec est en élections municipales dans l’indifférence générale. On nous pointe cependant toujours du doigt le cynisme, qui serait tout particulièrement marqué, de la jeune génération. Les analystes ne savent trop comment analyser ces « milléniaux ». Jean-Marc Léger s’était livré à l’exercice et avait brossé le portrait d’une génération d’individualistes motivés par leur succès personnel et peu enclin aux chicanes politiques. « Les moins de 35 ans sont les enfants rois qui sont devenus des consommateurs rois qui deviennent des citoyens rois. Il n’y a rien qui leur résiste. Ils n’ont pas de complexes. Les gens plus âgés ont perdu beaucoup de batailles. Les jeunes, eux, sont plus ambitieux, entrepreneurs, et n’ont pas peur de l’argent », disait-il. Cela peut sembler caricatural, et il est toujours risqué de généraliser de la sorte. En dépit de la nécessaire prudence face à un tel constat, le cynisme et la faible participation politique de la jeune génération est une tendance bien réelle. On me rétorquera que ce sont ces mêmes jeunes qui ont été à l’origine des gigantesques mobilisations du Printemps érable, en 2012. C’est vrai, mais l’événement était –notamment- impressionnant parce qu’il tranchait avec l’époque et sortait de l’ordinaire.

Il faut dire que la jeune génération est conditionnée à se sentir comme étant autonome des pouvoirs publics. On la dit indépendante, capable de trouver son bonheur individuel sans devoir quoi que ce soit à quiconque. Elle est, en bonne partie, le produit d’une école qui colporte la vision d’un individu qui serait auto-créé, une école qui a renoncé à transmettre l’appartenance à quelque chose de plus grand que chacun. Une école qui a pour priorité de robotiser les enfants pour que leur « créativité » se mette au service des entreprises privées. Et la culture générale ? Il ne faut pas vivre dans le passé...

Cette jeune génération est donc prédisposée à ne pas croire au domaine politique. « Citoyenne du monde », ses référents ne sont pas ceux d’un État aux contours bien définis. Dans un monde qu’on fait miroiter comme étant sans-frontières, où les nouvelles technologies permettent en permanence d’échanger avec l’Afrique ou l’Amérique latine ou de commander sur internet des produits qui se retrouveront directement à notre porte, on ignore les repères traditionnels des générations précédentes. Elle n’est donc pas conditionnée à l’exercice du droit de vote.

Il faut dire que le monde politique se débrouille bien pour devenir inintéressant. L’État est de plus en plus impuissant et incapable d’agir sur ce qui compte réellement. Ce dernier n’est plus, à proprement parler, une instance politique où des visions s’affrontent. Le monde politique est plutôt peuplé de gestionnaires, où on ne débat plus du pourquoi mais uniquement du comment. Nous sommes à l’ère des prétendus experts. S’il y a une Vérité avec un grand V, presque scientifique, pourquoi s’impliquer dans cet univers quand nos dirigeants n’ont qu’à suivre le manuel ? L’État, parce qu’il peut être soumis aux volontés d’un peuple qu’on craint fondamentalement, doit plutôt être encadré par des commissions d’experts, des organismes mondiaux, des traités internationaux, des juges capables de renverser les décisions des parlements, etc.

Plutôt que de changer le monde, il vaut mieux changer son propre monde. Les jeunes doivent dès lors s’atteler à trouver leur bonheur. Et surtout, ils doivent le faire dans un nouveau modèle de société où l’excellence est devenue synonyme de concurrence. À l’époque d’Uber, les emplois sont de plus en plus précaires. Le modèle du « 9 à 5 », qui avait le mérite de bien cerner la séparation entre vie professionnelle et vie privée, est aujourd’hui condamné pour son conservatisme. Les jeunes ont pour défi de se débrouiller pour cumuler les contrats à gauche et à droite, un mode de vie qu’on présente comme une voie d’émancipation humaine.

Que faire, dans ce cas ? Tout d’abord, un sacré coup de barre s’impose dans le système d’éducation. On nous parle aussi de la nécessité de réformes les institutions pour que celles-ci favorisent davantage la participation citoyenne. J’en suis. Cependant, il faut aussi que l’État, lieu d’expression de la démocratie, regagne sa souveraineté.

Pour agir, il en faut la capacité.