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Le paradis des prédateurs

Gilbert Rozon
Photo d’archives Gilbert Rozon

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Je sais quelle question vous vous posez : y a-t-il plus d’agresseurs dans le monde du showbiz qu’ailleurs­­­ ?

Ma réponse : oui.

Je ne suis pas criminologue, je n’ai pas fait de recherches sur le sujet, ma réponse se base plus sur mes intuitions personnelles que sur des données objectives, et je n’ai lu aucune étude sur la question, mais ça ne fait rien, je persiste et signe.

Oui.

Sans aucun doute.

DRACULA À LA CROIX-ROUGE

Il y a plus d’agresseurs et de harceleurs dans le milieu du showbiz, comme il y a probablement plus de crosseurs dans le monde de la construction et plus de pédophiles dans les organismes religieux et dans le milieu du sport amateur.

Parce que le contexte s’y prête.

Tout comme je voudrais travailler dans une banque de sang si j’étais un vampire, si j’étais un vieux mononcle cochon, je m’arrangerais pour être producteur ou réalisateur comme Gilbert Rozon, Harvey Weinstein ou James Toback.

Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons.

Un : le merveilleux monde du showbiz est rempli de jeunes filles et de jeunes garçons qui seraient prêts à vendre leur mère pour devenir des stars.

Deux : le merveilleux monde du showbiz est rempli de parents qui seraient prêts à donner leur bras gauche pour que leur enfant devienne une star.

Trois : quand tu es producteur ou réalisateur, tu as droit de vie ou de mort sur la carrière de ces jeunes.

Quatre : c’est tellement difficile d’entrer dans ce club hyper sélect qu’une fois que tu as ta carte de membre, tu es prêt à faire beaucoup de sacrifices (et à fermer les yeux sur beaucoup de choses répréhensibles) pour garder ta place.

Et cinq : c’est un milieu permissif où la vie des gens n’est pas régie par des règles hyper strictes.

Ils se couchent tard, se lèvent tard, prennent un méchant coup au beau milieu de la semaine et se taponnent plus que la moyenne des gens.

C’EST QUOI, CE MILIEU ?

Dans son chef-d’œuvre La Nuit américaine, François Truffaut décrit la vie sur un plateau de tournage.

Tous les gens présents sur le plateau sont des professionnels. Sauf la femme du régisseur, qui assiste à un tournage de film pour la première fois.

Plus le tournage progresse, plus cette dame qui a une vie rangée et « normale » est choquée par ce qu’elle voit. Vers la fin du tournage, elle se lève et explose.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce cinéma ? Qu’est-ce que c’est que ce métier où tout le monde couche avec tout le monde ? Où tout le monde se tutoie, où tout le monde ment ? Mais qu’est-ce que c’est ? Vous trouvez ça normal ? Mais votre cinéma, moi, je trouve ça irrespirable ! Je le méprise, le cinéma ! »

Bon, ce film a été tourné en 1973, mais vous comprenez ce que je veux dire.

Si j’étais un prédateur sexuel, je m’arrangerais pour travailler dans ce milieu. Je m’y sentirais à l’aise, protégé.

Regardez Rozon et Salvail.

Ils ont pu « opérer » pendant des années sans être embêtés.

Et dans le cas de Salvail, ses fans le défendent !

Un paradis, je vous dis...