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L’humoriste québécois Yvon Deschamps réagit pour la toute première fois à «l’affaire Rozon»

Yvon Deschamps
Photo Martin Alarie Yvon Deschamps

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Retiré du milieu de l’humour depuis quelques années, Yvon Deschamps n’en a pas moins été secoué d’apprendre les allégations d’ordre sexuel qui pèsent sur Gilbert Rozon depuis la semaine dernière. « Ça n’a pas de bon sens. On dirait un tsunami. Ça n’arrêtera jamais ! » a mentionné l’humoriste de 82 ans dans une rare entrevue accordée au Journal.

Présent hier soir à une collecte de fonds pour la fondation qui porte son nom, Yvon Deschamps a eu la surprise d’être décoré officiellement de l’Ordre des arts et des lettres du Québec.

Rencontré quelques minutes après son court hommage, l’humoriste a admis au Journal que recevoir cet honneur était un peu particulier, ces jours-ci, alors qu’un nuage très noir plane au-dessus du monde de l’humour.

« L’humour vit des jours très sombres, a-t-il dit, réagissant pour la première fois au scandale. L’humour et tout le milieu, en fait. C’est effrayant ce qui se passe. On est bouleversé, on n’y croit pas. Comme à peu près tous les Québécois, on a beaucoup de peine pour toutes les victimes. Comment ça se fait que nous, on n’a jamais rien vu ? Il faut dire que ça ne se passe pas dans le milieu de la rue. »

En 1998, Yvon Deschamps était propriétaire du Manoir Rouville-Campbell, à Mont-Saint-Hilaire. C’est à cet endroit que Gilbert Rozon avait agressé sexuellement une jeune croupière lors d’une réception pour le 15e anniversaire du Festival Juste pour rire. Questionné hier par Le Journal à savoir si les nouvelles allégations d’ordre sexuel qui pèsent sur Rozon l’avaient ramené 20 ans en arrière, Yvon Deschamps n’a pas voulu commenter. « Non, je ne retourne pas là », s’est-il contenté de dire.

Un tsunami

Parlant de toutes les allégations qui s’ajoutent au fil des jours, sur Rozon et d’autres personnalités, Yvon Deschamps décrit cela comme « un tsunami ». « Ayoye ! ça n’arrêtera jamais, ça ! Demain, ça va être 1000, après 5000 plaintes. Ça nous démontre une facette de la vie privée qui nous échappe totalement chez les gens qu’on côtoie. Jamais, on ne pense ça de personnes que l’on côtoie. »

L’humoriste mentionne que les récents événements lui ont rappelé un documentaire qu’il avait vu dans les années 1970. « Ça m’avait inspiré le monologue La libération de la femme. C’était un documentaire british qui disait : parlez autour de vous de violence conjugale et vous ne vous rendrez pas à cinq personnes avant que quelqu’un vous dise qu’il en a subi. [...] Ce sont des coins secrets de la personnalité des gens qu’on n’arrive pas à déceler. C’est pour ça qu’on est tant démuni après. »

« Il faut faire le ménage »

Comment le milieu de l’humour va-t-il se remettre d’un tel scandale ? « Je pense que le milieu va bien s’en remettre, répond Yvon Deschamps. Il faut faire le ménage. On ne réglera pas tout. Je pense qu’à long terme, on va être correct. L’humour, c’est tellement important, dans la vie. Les gens pensent que ce sont juste des farces. Mais c’est tellement important. On en a besoin. »

Âgé de 82 ans, Yvon Deschamps profite tranquillement de sa retraite. La Fondation Yvon Deschamps Centre-Sud, « c’est le centre de ma vie en ce moment », dit-il. S’il avait été plus jeune, aurait-il souhaité acheter Juste pour rire ?

« Je ne pense pas, répond-il après un bref moment de réflexion. Ce sont des responsabilités tellement grandes que tu ne peux plus faire ton métier. C’est comme la politique. On m’a souvent demandé d’y aller. Mais je leur disais que là où j’étais le plus efficace, c’était sur une scène. Je ne connais rien en politique. J’aimais mieux être un bon humoriste qu’un mauvais politicien ! (rires) »