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Le Groupe Beaudet dans l’embarras

Le chef de file de l’industrie du golf visé par une poursuite judiciaire

Club de golf Lachute
Photo François-David Rouleau Le Groupe Beaudet s’est retiré des opérations du club de golf de Lachute la semaine dernière, ce qui a conduit au licenciement  de près de 90 employés.

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LACHUTE | En se retirant prématurément de la gestion du club de golf de Lachute la semaine dernière, le Groupe Beaudet se retrouve maintenant dans l’eau chaude.

Celui qui se décrit comme le chef de file dans l’industrie du golf au Québec fait face à des procédures judiciaires pour ne pas avoir respecté le contrat qui le liait à la compagnie Broad Group depuis février dernier.

Selon l’entente entre les deux parties, le Groupe Beaudet devait gérer sur une période de 15 ans le club de golf Lachute, un complexe de 36 trous. Il l’avait acquis en 1981, puis l’avait cédé le 15 février 2017 contre la somme de 5,2 millions $ à un groupe d’investisseurs chinois connu sous la bannière Broad Group.

Toutefois, le Groupe Beaudet a annoncé la semaine dernière qu’il se retirait soudainement des opérations, ce qui a conduit au licenciement de près de 90 employés.

Le président Sylvain Beaudet a invoqué des raisons financières et la perte de vitesse de l’industrie du golf « en région éloignée ».

« Nous étions loin de nous douter qu’il ne serait plus en mesure de gérer le terrain de golf en raison de pertes trop importantes avant la fin de la saison, a indiqué le porte-parole de Broad Group, l’urbaniste Marc Perreault, vexé par la situation. Nous avons donc entamé des procédures judiciaires, mais selon ce que nous savons, c’est qu’il n’aurait plus d’argent pour opérer. »

Sylvain Beaudet, <i>président</i>
Photo Chantal Poirier
Sylvain Beaudet, président

Après la réception des documents juridiques, Beaudet — qui est aussi le porte-parole de la Table de concertation de l’industrie du golf au Québec — n’a pas rendu les appels du Journal de Montréal.

« Ce n’était plus rentable et ça mettait en péril notre entreprise de gestion, avait-il expliqué en entrevue avec Le Journal tout juste après la fermeture du club de Lachute. L’offre excède la demande dans notre domaine. Le club est en région éloignée. Nous n’avions plus intérêt à subventionner le club comme locataire. »

Inquiétudes

Autant Broad Group que les amateurs de golf de Lachute ont fait part de leurs inquiétudes face à l’avenir du club qui fait partie du patrimoine dans la MRC d’Argenteuil. Des résidents ayant une façade sur le parcours craignent également que leur propriété soit dépréciée.

Selon M. Beaudet, le nombre de rondes de golf disputées n’avait pas chuté excessivement. Il estimait que 55 000 golfeurs avaient déambulé sur ses allées du club de Lachute cette saison, une statistique dans la moyenne. Les prix en baisse expliqueraient plutôt la non-rentabilité du club.

Selon plusieurs intervenants de l’industrie dans les Basses-Laurentides, le Groupe Beaudet, très agressif sur le marché, serait justement l’un des responsables des rondes à rabais. « Un problème qu’il pointe publiquement », ont dit certains d’entre eux.

Gestionnaire de cinq parcours dans la grande région de Montréal, Beaudet affirme vouloir maintenant former des alliances stratégiques avec les propriétaires de terrain de golf en offrant son expérience de gestion. Après avoir claqué la porte à Lachute, il compte maintenant un portefeuille de cinq clubs, étant propriétaire de deux d’entre eux.

 

Que réserve l’avenir ?

Broad Group a cherché une solution dans la dernière semaine pour préparer le club de golf de Lachute à l’approche de l’hiver.

Un surintendant indépendant « hivernera » le terrain.

« Nous avons convenu d’une entente afin de protéger notre actif. C’est une bonne nouvelle dans le contexte, a signalé Marc Perreault. Toutefois, on ne sait pas si nous allons opérer un club de 18 ou de 36 trous l’an prochain. »

Après avoir quitté Lachute avec tout l’équipement en début de semaine, le Groupe Beaudet aurait proposé ses services à des coûts astronomiques dépassant les 100 000 $.

Selon des agronomes de l’Association des surintendants de golf du Québec, un travail bien fait avec les produits, l’équipement et la main-d’œuvre devrait coûter près de 30 000 $ par 18 trous. Il faut étendre les engrais, couvrir les verts et les tertres de départ, purger l’eau du système d’arrosage et remiser le matériel.

Si la fermeture du terrain n’est pas effectuée dans les règles de l’art avant un rigoureux hiver, les dommages sont irréversibles. Sans la réalisation de ces travaux, l’avenir du club fondé en 1923 était sérieusement en péril, ce qui inquiétait bon nombre d’acteurs dans la municipalité.

Projet immobilier

Situé en zone blanche, le terrain d’une superficie de 17 millions de pieds carrés est visé par un réaménagement. Un projet immobilier et institutionnel est déjà déposé au service d’urbanisme de Lachute. En pleine campagne électorale, le maire sortant Carl Péloquin a toutefois refusé d’ouvrir la discussion dans ce dossier, invoquant son caractère confidentiel.

La Ville a annoncé plus tôt cette année un projet comprenant une école secondaire privée offrant un programme international ouvert aux étudiants étrangers, des unités d’habitation et un hôtel. Le promoteur Broad Group aurait assuré conserver l’un des deux parcours pour y intégrer son projet. L’engrenage de « revitalisation » du secteur est déjà en marche.