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Parc-Ex: le nouveau Plateau?

Parc-Ex: le nouveau Plateau?
Photo Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

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À l’occasion des élections municipales, notre équipe sillonne certains quartiers de Montréal pour raconter des enjeux, parfois négligés de la campagne. Aujourd’hui: Parc-Extension, un des quartiers les plus pauvres au pays.

La fracture frappe l’imaginaire. D’un côté du boulevard de l’Acadie: Mont-Royal, l’une des villes les plus riches de la province, symbole de la bourgeoisie anglophone. De l’autre: Parc-Extension, l’un des coins les plus austères de l’île de Montréal. Un des plus multiculturels également, avec la centaine de nationalités différentes qu’on y recense.

Des gens de toutes les couleurs qui tranchent avec le beige défraichi des blocs apparemment mal entretenus du quartier.

Parc-Ex: le nouveau Plateau?
Joel Lemay/Agence QMI

De toutes les saveurs aussi: cafés grecques, épiceries pakistanaises, restaurants indiens. Très peu de peu de bars branchés par contre. Pour l’instant en tout cas...  

Quand Parc-Extension devient Parc-Ex

Car l’énorme Complexe des sciences de l’Université de Montréal, qui sortira de terre en 2019, risque de complètement modifier le portrait de Parc-Ex.

Parc-Ex: le nouveau Plateau?
PHOTO COURTOISIE

«Avec l’université qui s’en vient, beaucoup d’étudiants vont vouloir venir s’installer dans Parc-Ex. Contrairement à beaucoup d’autres quartier centraux, les loyers sont encore très abordables et le transport en commun est très accessible», appréhende André Trépanier du Comité d’action de Parc-Extension, un organisme qui défend les droits des locataires dans le quartier.

Flairant donc la bonne affaire, le proprio de Bachir veut transformer son 5 ½ en deux 3 ½. «En général, les étudiants recherchent quelque chose de plus petit que les familles. Et deux 3 ½ à 400$ par mois, c’est pas mal plus payant pour un propriétaire qu’un 5 ½ à 650 par mois», commente André Trépanier.

S’il perd devant la Régie du logement, Bachir devra quitter le loyer qu’il occupe depuis 12 ans avec sa femme et leurs trois enfants en juillet prochain. «Moi je n’avais rien contre le projet d’université au début. Au contraire, je me disais que mes enfants pourront y aller à pied. Mais là...», soupire Bachir.

Une première victime de «la gentrification» dans Parc-Ex qui pourrait ne pas être la dernière. Qui aurait pu croire que ce quartier, qu’on associe au problème des logements insalubres, s’embourgeoise?

Certainement pas M. Trépanier qui travaille dans Parc-Extension depuis 7 ans. «Moi, sans vouloir me vanter, je suis l’expert pour les coquerelles, les souris, les puces de lits... Mais pour le cas de M. Bachir, j’ai dû appeler mes collègues de Rosemont pis du Plateau pour demander conseil. C’est la première fois que je voyais ça.»

La mairesse se veut rassurante 

Anie Samson, la mairesse de l’arrondissement, assure que Parc-Ex ne sera jamais un deuxième Plateau ou un second Rosemont.

 Anie Samson et Denis Coderre.
TOMA ICZKOVITS/ AGENCE QMI
Anie Samson et Denis Coderre.

Elle sursaute quand elle entend l’histoire de Bachir. «C’est la première fois que j’entends quelque chose comme ça ici.»

Celle qui sollicite un quatrième mandat anticipe avec optimisme l’ouverture du nouveau pavillon de l’Université de Montréal.

«Déjà, on voit un effet! Il se passe quelque chose dans Parc-Ex. On voit des gens qu’on ne voyait pas avant. C’est l’fun! Ça fait rouler nos commerces et nos restaurants. Comme je dis toujours, c’est pas parce qu’on est pauvres qu’on est obligés de rester pauvres.»

Des revenus supplémentaires qui permettront à la Ville d’engranger plus de revenus. «L’argent ne pousse pas dans les arbres. Plus de revenus, ça veut aussi dire plus de logements sociaux», souligne Mme Samson.

Un sain équilibre

Des logements sociaux, Parc-Extension en a bien besoin. La liste pour y avoir accès est déjà longue.

Et elle s’allongera encore un peu plus quand le nom de Bachir s’y ajoutera. «J’espère pouvoir rester dans le quartier, mais si je ne trouve rien d’assez grand et d’abordable, je n’exclus pas de devoir quitter Montréal.»

Espérons que Bachir ne se rende pas jusque là. «Les gens plus fortunés qui viennent s’installer dans Parc-Ex sont aussi attirés par l’exotisme du quartier», comme le fait remarquer André Trépanier.

Ce serait dommage que ce qui les a amenés dans le quartier ne s’y retrouve plus. Parc-Ex doit quand même rester un peu Parc-Extension.