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Qu’a proposé Serge Postigo à l’ADISQ ?

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Selon qu’on soit québécois ou français, on ne voit pas les choses du même œil. Demain, malgré le climat actuel de dénonciation, le dernier film de Roman Polanski, D’après une histoire vraie, sortira dans les salles partout en France. Hier soir, à la Cinémathèque française, la présentation de Chinatown a marqué le début d’une semaine hommage – rien de moins – au réalisateur de 84 ans.

Quatre femmes l’ont pourtant accusé de les avoir violées quand elles étaient mineures. Polanski a dû fuir les États-Unis en 1978 pour éviter une peine de prison plus sévère que celle de 90 jours qu’on lui avait d’abord infligée pour le viol d’une fille de 13 ans. Comble d’ironie, le thème de son film qui sort demain est le harcèlement et la manipulation !

Inutile d’ajouter que cette « complaisance » des Français à l’égard de Polanski fait controverse. Les artistes, si grands soient-ils, peuvent-ils jouir d’une pareille immunité ? Françoise Nyssen, la nouvelle ministre de la Culture, n’a pas arrangé­­­ les choses en rappelant à la radio nationale « la nécessité de distinguer entre l’homme et son œuvre ».

L’APPEL DE SERGE POSTIGO

Distinguer entre l’homme et son œuvre, c’est exactement ce qu’a proposé Serge Postigo en acceptant le trophée de l’ADISQ pour la comédie musicale Mary Poppins, élue « spectacle de l’année ». Le metteur en scène, qui avait visiblement bien préparé ses remerciements, a demandé au public de ne pas tourner le dos à Juste pour rire, malgré les agissements de son fondateur. « Juste pour rire, ce sont des centaines d’artistes et d’artisans qui n’ont rien fait de mal », a-t-il déclaré.

Tout de suite après, dans la salle de presse, Safia Nolin, interprète de l’année, a pris le contrepied de Postigo. Selon cette artiste, qui parle un peu comme elle s’habille, « Juste pour rire est une compagnie pourrie de l’intérieur qui dit aux victimes de se fermer la gueule depuis des années ».

J’ignore où Safia Nolin prend ses informations pour affirmer pareille chose. J’ai fait quatre mises en scène à Juste pour rire et j’ai participé à une centaine de « remue-méninges » et de rencontres de travail. À aucun moment je n’ai eu l’impression qu’on connaissait les vilenies du PDG, encore moins qu’on imposait le secret sur ses turpitudes.

LA CULPABILITÉ PAR ASSOCIATION

Il a toujours existé à Juste pour rire un vent de folie, comme il en existe dans toutes les entreprises dont la créativité est l’unique moyen de survivre et de prospérer. Ce vent de folie ne justifie pas les abus de pouvoir qu’a pu se permettre le PDG (et peut-être d’autres personnes en autorité), mais de là à ostraciser tout le personnel, il y a une marge.

La vague actuelle de dénonciations est brutale et sans appel­­­. Ceux qu’on dénonce sont aussitôt condamnés par l’opinion. Les lenteurs injustifiables de la justice nous forcent à nous contenter de cette justice sommaire, mais ne multiplions pas les coupables en y associant tout leur entourage.

Entre célébrer Roman Polanski comme on le fait cette semaine à Paris et continuer de voir ses films, il y a un monde. Comme il y a un monde entre Harvey Weinstein et les films qu’il a produits.

Je continuerai de lire les poèmes de Paul Verlaine, même si Arthur Rimbaud, son amant, a fini par avouer qu’il avait « aimé un porc ».

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Valérie Plante et Denis Coderre sont sur un pied d’égalité. En plein l’égalité homme-femme que redoutait le maire de Montréal.