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Des jeunes plus forts qu’on croit

Manikanetish
Naomi Fontaine
Mémoire d’encrier
137 pages
2017
Photo courtoisie Manikanetish Naomi Fontaine Mémoire d’encrier 137 pages 2017

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Une histoire toute simple peut porter bien des histoires qui font chavirer le cœur. Naomi Fontaine nous le fait vivre avec talent, en se remémorant l’enseignante qu’elle a été en terre innue, sur la Côte-Nord.

Naomi Fontaine a enseigné pour vrai dans la réserve de Uashat, à l’école qui donne son titre à son dernier roman, Manikanetish. Les élèves dont elle parle existent aussi, tout comme ce qu’ils ont vécu. Détails et prénoms ont été modifiés, mais sous le vocable « roman », la réalité est restée.

Et ce qui reste, c’est un portrait qui, par petites touches, finit par ­dessiner une communauté. Celle-ci est bien plus résistante que ce que nous croyons. Même plus forte que ce que la ­narratrice et enseignante, Yammie, avait envisagé, pourtant Innue elle-même.

C’est d’ailleurs le regard de ­Yammie qui fait toute la force de ce court récit, lui-même divisé en très courts chapitres, tous annoncés par un mot-clé : « Le cours », « Sortie éducative », ­­

« Mélina », « Mikuan », « Marc »...

Réserve ou communauté ?

Yammie a le pied à la fois dans et hors de la réserve. Elle y est née, en est partie enfant, et son retour comme enseignante la plonge dans un univers à la fois familier et distant. Mais elle ne manque pas de belles intentions, dont celle d’apprendre aux jeunes « comment on défait cette clôture désuète et immobile qu’est la réserve, que l’on appelle une communauté que pour s’adoucir le cœur ».

Mais la réserve porte en soi un monde que l’enseignante ne pourra ignorer. Marc, par exemple : toujours absent celui-là ! Assez pour qu’un matin, devant sa chaise vide, Yammie y aille d’un petit laïus à la classe sur l’importance de commencer par être présent si on veut réussir à l’école. « Ben voyons, madame, l’interrompt une élève. Tu sais pas qu’il est parti à Québec. Sa mère est malade et elle va peut-être mourir. »

Tenir le coup

Non, elle ne savait pas ce que tout le monde savait. Et à mesure que les jours avancent, à mesure qu’elle sera confrontée aux « Ben voyons madame », elle découvrira les mères de sa classe, les familles éprouvées par des drames, le racisme dès qu’on sort de la réserve... Et alors elle verra le soutien que tous ces jeunes, ­tellement sous-estimés, se donnent entre eux pour arriver malgré tout à tenir le coup.

Le récit culmine avec une ­représentation théâtre d’un texte de Pierre Corneille, Le Cid, jouée par les élèves. C’est une belle finale : grâce à l’art, la clôture de la réserve est sautée ; grâce à la ­performance de ses élèves, Yammie lève ses dernières barrières, et nous avec. L’espoir n’a pas dit son dernier mot.

À LIRE AUSSI CETTE SEMAINE

Les certitudes

Jean-Simon
 DesRochers
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Herbes rouges
493 pages
Photo courtoisie
Jean-Simon DesRochers Éditions Les Herbes rouges 493 pages

 

Il s’agit du deuxième tome du roman L’année noire, suite très attendue de la première partie de 600 pages, Les inquiétudes, parue au printemps. Un garçonnet disparaît, et c’est tout un quartier qui subit l’onde de choc. Dans Les certitudes, on continue de suivre la vingtaine de personnages déjà mis en scène, auxquels on s’est attachés tant ils sont réalistes et qui ne cessent de se croiser. C’est vaste et touffu, mais DesRochers jamais ne nous perd. C’est dur, mais le malheur annoncé ne frappera pas à tout coup. C’est riche de vie, mais c’est une absence, celle du jeune Xavier, qui donne le ton. C’est surtout terriblement ingénieux, donc inoubliable.

Fragments de famille

Mari Mari
Éditions Fides
117 pages
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Mari Mari Éditions Fides 117 pages

 

Comment faire tenir 20 personnes – deux parents et leurs 18 enfants – dans un cinq et demi ? Ce pari nous ramène en 1952 : on est à Montréal et une petite Léonie vient au monde alors même que le Canadien lance et compte. Elle sera la narratrice, toute attentive à cette famille Lacasse où elle restera la dernière-née. Il ne manque ni de drôlerie, ni de tendresse, ni de ­vivacité dans cette microsociété. Mais il y a aussi du laisser-faire et de lourds secrets. L’auteure, qui a pris un pseudonyme pour relater cette histoire inspirée de sa vie, saura nous faire passer de la candeur aux certitudes qui se dégonflent.

La dévoration des fées

Catherine Lalonde
Éditions Le Quartanier
143 pages
Photo courtoisie
Catherine Lalonde Éditions Le Quartanier 143 pages

 

Mais où Catherine Lalonde trouve-t-elle tous ces mots qui cognent, qui résistent, écorchent, et qui débordent, jubilent, ébaubissent ? Son récit, c’est celui du lien qui se tisse entre une p’tite et sa Grand-­maman, depuis que Blanche, la mère, n’a pas résisté à son accouchement. Mais ça se déploie comme une fable, avec un ton à la fois cru et poétique, où la grande ­pauvreté s’adosse à un destin à secouer, celui d’une « vie de femme faite de sang et d’eau de vaisselle ». Particulier, ­prenant, ébouriffant.

Les Tricoteuses

Marie Saur
Éditions Héliotrope noir
285 pages
Photo courtoisie
Marie Saur Éditions Héliotrope noir 285 pages

 

Dans cette collection qui cartographie le ­Québec du crime inventé, nous voilà à Québec et dans ses alentours. Une femme est ­retrouvée pendue dans un studio de la chaîne de ­télévision qu’elle dirige. Cette Patricia fait partie de la célèbre et puissante famille Fortin. A-t-elle été tuée ? Le gardien de nuit, ex-détenu, fait un suspect beaucoup trop idéal : avec sa sœur, il part en quête de la vérité. Cela nous vaudra des passages savoureux sur les riches, les médias, la réinsertion et les conflits de travail oubliés. La fin nous laisse néanmoins sur une patte : justice a-t-elle été rendue ?