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Accurso n’était pas au courant, selon son avocat

Ce sont des subalternes de l’entrepreneur qui auraient participé à la corruption

Tony Accurso
Photo Martin Alarie Tony Accurso

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L’entrepreneur Tony Accurso n’était pas au courant que ses propres firmes participaient au stratagème de collusion et de corruption dirigé par l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, selon son avocat.

Lundi, Me Marc Labelle a affirmé qu’en tant que grand patron d’un véritable empire, Accurso avait d’immenses responsabilités et ignorait que ses subalternes aient pu arranger des contrats et payer des pots-de-vin.

« M. Accurso est [comme] un avion qui vole à 35 000 pieds. Les compagnies, les gens qui sont impliqués [dans le stratagème] sont à 1500 pieds », a-t-il illustré en commençant à présenter sa défense.

Son client, qui témoignera lui-même mercredi, fait face à cinq chefs d’accusation criminels, dont corruption dans les affaires municipales, fraude et complot. Il a plaidé non coupable.

Selon la Couronne, deux des firmes de l’entrepreneur, soit Louisbourg et Simard-Beaudry, ont fait partie d’un cartel qui se partageait les contrats publics à Laval. En retour, elles versaient une ristourne de 2 % en argent comptant au parti politique de Gilles Vaillancourt.

« La défense de M. Accurso peut se résumer de la façon suivante : “Je n’ai pas comploté dans ce système de ristournes, je n’ai pas aidé qui que ce soit dans ce système, ce n’était pas de mon ressort. Oui, c’était mes compagnies, mais je ne m’occupais pas de ça” », a plaidé Marc Labelle.

En froid avec Vaillancourt

L’avocat a même affirmé que l’entrepreneur ne s’entendait pas bien avec l’ex-maire Vaillancourt. Accurso, selon lui, a souvent tenté sans succès de réaliser de gros projets à Laval. « C’était des gros projets de plusieurs millions, mais le maire ne voulait pas », a dit l’avocat.

La semaine dernière, l’ex-secrétaire de Vaillancourt avait pourtant soutenu que les deux hommes se rencontraient régulièrement à l’hôtel de ville, en toute discrétion.

Premier témoin de la défense, le fils de Tony Accurso, James, a raconté que son père ne se rendait que très rarement sur les chantiers.

« Mon père s’occupe au niveau financement, au niveau acquisitions. Je n’ai jamais eu affaire à lui sur les chantiers, au niveau de la gestion de projets », a témoigné l’homme de 42 ans, qui était vice-président d’une des filiales de l’entreprise familiale.

Selon lui, Tony Accurso agissait davantage comme un président de conseil d’administration, et sont deux de ses bras droits, Joe Molluso et Frank Minicucci, qui prenaient en charge les contrats à Laval.

► Précédemment au procès :

  • L’ex-secrétaire de Gilles Vaillancourt a affirmé que le maire rencontrait souvent Tony Accurso en secret.
  • Mardi : Guillaume Rochon, avocat des entreprises d’Accurso, poursuit son témoignage pour la défense.

Un empire immense

Pour montrer que Tony Accurso avait autre chose à faire que distribuer des enveloppes d’argent comptant, la défense a longuement décrit, lundi, l’ampleur de son empire industriel, qui avait un chiffre d’affaires annuel jusqu’à un milliard $.

Accurso a ainsi été propriétaire ou actionnaire de :

  • Plus d’une vingtaine d’entreprises de construction, dont Louisbourg et Simard-Beaudry, qui avaient à elles seules 1200 employés
  • Une carrière de pierre, trois usines d’asphalte, une usine de ciment
  • Un centre commercial, Les Galeries Laval
  • Un complexe de divertissement incluant le bar Tops, le restaurant Onyx et un salon de paris sportifs
  • La pourvoirie Joncas, en Outaouais
  • Des terrains, dont un face au Centre Bell et un autre face au métro Montmorency
  • Un luxueux yacht, le Touch
  • Une compagnie d’importation et de distribution de jouets