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Radio-Canada: on gagne à dépenser?

Radio-Canada: on gagne à dépenser?
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En lisant ma chronique « Bonjour la police », vous avez été nombreux à demander : « Pourquoi Radio-Canada refuse de dire combien a coûté sa propre police de caractères “sur mesure” ? » Plusieurs autres questions me viennent aussi à l’esprit.

Police haute couture

En 2016, quand le gouvernement Trudeau a annoncé un réinvestissement de 675 millions $ sur cinq ans, le PDG Hubert Lacroix avait promis que cet argent servirait à « créer de nouveaux contenus », à réinvestir « dans les secteurs clés » et « dans de nouveaux emplois ».

Le fait que Radio-Canada possède maintenant son propre w en italique bold, est-ce du « nouveau contenu », un « secteur clé » ou un « nouvel emploi » ?

Mélanie Joly, ministre du Patrimoine, trouve-t-elle pertinent que Radio-Canada se paye sa propre police ?

Sait-elle combien cela a coûté ?

Tout le monde le fait, fais-le donc

Tard dimanche soir, Marie Tétreault, chef de la promotion, a répondu à mes questionnements sur la pertinence pour Radio-Canada d’avoir sa propre police de caractère.

« Les Services numériques de Radio-Canada ont mis en oeuvre la démarche de création d’une police de caractères distinctive pour que celle-ci soit applicable et lisible sur l’ensemble des plateformes de Radio-Canada : ses pages web et mobiles, et à la télé.

« Le fait de créer sa police de caractères originale offre une option avantageuse économiquement à moyen terme : ceci permet d’avoir une utilisation illimitée multi-plate-forme sans frais, alors que l’achat d’une licence d’utilisation implique des frais récurrents », écrit-elle.

« Par exemple, pour le web, le coût d’une police de caractères est établi en fonction de l’achalandage. Alors, pour les grands médias qui ont des sites web très achalandés, l’option d’avoir sa propre police est avantageuse. En ce sens, les Services numériques de Radio-Canada ont fait le même choix que plusieurs grands médias, dont The Guardian, CNN et la BBC. »

Le problème, c’est que tant que Radio-Canada ne nous dira pas combien ont coûté le développement de sa police et son implantation sur toutes ses plateformes, les contribuables seront incapables de juger si c’est une « option avantageuse ».

Et si on ne sait pas combien ça coûtait avant, comment peut-on savoir combien on économise ? Est-ce 3000 $, 30 000 $, 300 000 $ ou trois millions ? Si Radio-Canada n’est pas transparente de A à Z sur toute cette transaction, pourquoi les croire sur parole ?

Et je ne vois pas en quoi le fait que CNN (une entreprise privée) ou la BBC aient fait la même dépense justifie que Radio-Canada – qui se plaint de sous-financement chronique depuis des années – choisisse cette avenue. C’est le syndrome du voisin gonflable ? Ton voisin part dans le Sud, achète la voiture de l’année et t’es obligé de faire pareil ?

On se serait attendu à une logique plus solide de la part du diffuseur public.

Les artistes

Pourquoi n’entend-on pas un mot de la part du Club des Artistes Donneurs de Leçons ? Quand Radio-Canada est la cible de coupures des conservateurs, ils montent au créneau.

Mais quand le diffuseur public dépense l’argent des libéraux pour une police de designer, on ne les entend plus.

Auraient-ils l’indignation à géométrie variable ?