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Chère fille qui a changé le cours de ma fin de semaine

Chère fille qui a changé le cours de ma fin de semaine
Gregor Collienne

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Chère fille qui a changé le cours de ma fin de semaine.

Tu pouvais pas te douter du bien que t’allais me faire, quand tu m’as lâché ce commentaire, dans les estrades du cours de piscine :

-En tous cas, t’es patiente en maudit! Je t’ai trouvée bonne de garder ton calme, dans le vestiaire, tout à l’heure!

Ce que tu savais pas, c’est que mes gars étaient levés depuis cinq heures du matin. Avec le changement d’heure, pis la pleine lune, on était flanqués de trois mini tornades, depuis le lever du soleil. Pis à dix heures, déjà, mon salon ressemblait à Cuba après la visite d’Irma.

Ça se battait, ça se sacrait des coups de pied, hurlait sa vie, s’arrachait des trucs des mains.

On savait plus où donner de la tête, on dégainait la discipline comme un tireur aux yeux bandés. N’importe où, n’importe comment et sans aucun impact sur le problème. Mais au moins, on avait l’impression de faire de quoi.

Quand est venu le temps de quitter pour le cours de piscine, j’avais autant le gout de brailler d’épuisement que de peur de les voir foutre le bordel dans la place.

J’ai douté en ciboulette de la pertinence de les faire assister à leur cours, mais on s’est dit, avec mon chum, qu’un peu de sport ne pouvait pas leur faire mal. Juste avant de sortir de l’auto, j’ai pris un petit quinze secondes pour me jaser fort, fort, dans ma tête. J’ai dû insister pas mal pour que ma face accepte de faire un sourire pis que ma voix sorte sur un ton un peu dynamique.

Ça fait que quand tu m’as entendue répéter à mes gars que faire semblant de se cacher les parties personnelles en criant était un comportement inapproprié; pis que tu les as entendus faire les perroquets en se brassant les zizis, je me sentais pas mal tout sauf patiente et calme. Je bouillais par en dedans, de honte et de stress.

Je parlais lentement, parce que je ne voulais pas crier en public. Je répétais calmement, parce que je ne voulais pas laisser l’émotion me gagner et partir à pleurer devant toutes ces mamans avec qui les enfants semblaient si bien collaborer.

Y’avait une tempête dans mon cœur. Pis à ce moment-là, exactement, je me suis sentie comme la plus incompétente des mères.

Mais toi, tu as entendu une maman en contrôle et posée. Et tu as eu la bienveillance de me le faire remarquer.

À ce moment-là, tu m’aurais fait couler un bain moussant entouré de chandelles accompagné d’un verre de vin; tu m’aurais fait un câlin de dix minutes; tu aurais plié les douze piles de linge qui patientent dans le sous-sol, que tu ne m’aurais pas fait autant de bien.

Je pense d’ailleurs que t’as remarqué le p’tit coin d’œil mouillé qui t’as dit merci.

On parle souvent du fait que la communauté des mamans est cruelle. Qu’il n’y a pas de groupe qui se cannibalise plus qu’une gang de femmes à l’instinct maternel exacerbé, mais des petites phrases comme celle que tu m’as glissé doucement, assise dans les escaliers de bois frette et humide, ça me redonne foi en l’humanité. Ça m’a fait oublier combien c’est pas évident, de mener des humains à maturité, dans une société qui est pas toujours certaine d’avoir envie de les voir.

J’essaie, au quotidien, de faire du renforcement positif autour de moi. J’essaie d’être celle qui va faire un sourire d’encouragement à la maman dont l’enfant pratique ses moves de bacon dans l’entrée du magasin. Je tente du mieux que je peux de donner un coup de main aux autres génitrices désespérées de mon entourage, mais bien souvent, j’ai l’impression de faire ça dans le vide, pis d’être encore la rêveuse qui veut changer le monde à contre-courant.

Après le cours, je réfléchissais au bien que tu m’avais fait, pis je me suis rendu compte qu’on en parle pas souvent, de ces petites interventions qui font vraiment la différence dans notre vie. Que c’est facile en titi de se poser en victime de la persécution du jugement des autres, un peu parce qu’on a tellement pas confiance en nos capacités de parents. Mais que si on s’accrochait à ces regards de soutien, à ces petites paroles, les défis se relèveraient peut-être un peu plus facilement.

On va toujours être seule à déplacer notre montagne, mais si y’a une gang à côté qui nous encourage à pas lâcher, notre énergie va être décuplée, pis on risque de voir des ailes nous pousser.

Des paroles consciencieuses comme les tiennes me rappellent que je suis pas seule, à croire que chaque maman a en elle les outils pour bien élever ses enfants. Qu’on peut compter sur nos consœurs pour nous aider à reprendre notre souffle, les journées où on a l’impression de ne pas arriver à se sortir la tête de l’eau. Que les mamans peuvent s’épauler, et qu’une petite phrase peut avoir tellement d’impact, quand tu en as besoin.

Ça me donne le gout de le crier sur les toits et de prendre la peine de le souligner, parce que ces deux petites phrases ont vraiment changé le cours de ma fin de semaine.

Donc à toi, la fille qui m’a dit que je m’en sortais bien, alors que je me voyais comme la pire des mères : merci.