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Iniquités fiscales: Trudeau cède devant les puissants riches

Iniquités fiscales: Trudeau cède devant les puissants riches
Photo Agence QMI, MATTHEW USHERWOOD

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Les riches continueront à payer peu d’impôts

Les modifications fiscales mises de l’avant par les libéraux fédéraux, c’était juste pour amener un tout petit plus d’équité entre les nantis et les autres en bouchant des trous béants dans les lois fiscales qui permettent aux fortunés d’éviter de payer leur juste part d’impôt sur le revenu donc, un taux d’impôt réel inférieur aux travailleurs de la classe moyenne. Ça, c’est la vérité.

 

Afin de contrer les mensonges du patronat, pourquoi donc le ministre libéral des Finances, monsieur Bill Morneau, ne l’a-t-il pas confronté avec les vrais chiffres, lui qui a sous sa main toutes les déclarations fiscales des particuliers et des compagnies faisant affaire au Canada? Ben non, Justin et Morneau ne voulaient absolument pas contrarier, comme le PLQ au Québec, la classe dirigeante qui les finance et qui dicte aux élus le «menu» en matière de mesures sociales, économiques et fiscales. Morneau et Trudeau se sont comportés, à cet effet, en pantins.

Ce que le PLC voulait faire n’était pas du tout révolutionnaire. Il voulait juste atténuer un peu la portée des vaches sacrées fiscales consenties à l’élite économique qui coûtent des milliards de dollars chaque année en terme de manque à gagner fiscal : «Impôts. Ottawa veut s’attaquer à certaines (pas toutes) échappatoires pour les riches» (Le Devoir, 19 juillet 2017). Le gouvernement libéral ne voulait pas, à tort, s’attaquer aux grosses combines fiscales comme les options d’achat d’actions, l’incorporation, les compagnies de gestion, les gains de capitaux, les successions et les paradis fiscaux qu’il continuera à tolérer et même à encourager. Mais quand on veut s’attaquer aux parangons économiques, il faut du courage, ce qui manifestement n’est pas la qualité première de Justin Trudeau. Barack Obama aux États-Unis et François Hollande en France ont eu le courage d’augmenter l’impôt des grosses pointures, mais pas Justin et encore moins Couillard et Leitão au Québec, qui eux les réduisent afin d’accommoder leurs amis.

 

Même le FMI est pour l’impôt des riches

Même le Fonds monétaire international (FMI) vient de répéter ceci au mois d’octobre 2017 : «On devrait augmenter les impôts des plus riches» (Le Devoir, 12 octobre 2017). Idem en 2013 : «Taxez les riches, dit le FMI» (Le Devoir, 10 octobre 2013). Voilà que la Banque canadienne TD affirme que : «La fiscalité canadienne gagnerait à être plus progressive» (Le Devoir, 25 novembre 2014). Ça, ça vient d’une banque pas de la ligue marxiste-léniniste.

 

 

Face à peu d’opposition, Morneau fléchit

C’est sûr que lorsque le gouvernement veut s’attaquer à des injustices fiscales qui favorisent les sultans, il doit s’attendre à ce qu’ils sortent l’artillerie lourde composée de leurs partis politiques (les conservateurs à Ottawa et les libéraux au Québec); de leurs organismes privés de recherche; de leurs universitaires entretenus; de leurs médias et de leurs chroniqueurs; de leurs sondages; de leurs publicités, de leurs info-reportages, etc. : «Patrons et professionnels ont la réforme fiscale d’Ottawa à l’œil» (Le Devoir, 25 juillet 2017). Ils ne l’ont pas seulement à l’œil, mais aussi ailleurs.

 

 

L’exode des riches et des compagnies: ça recommence

Il y a aussi le chantage continu pour faire peur au monde : «Le projet de réforme fiscale libérale aurait déjà fait fuir de grandes sociétés» (Le Devoir, 22 septembre 2017). Naturellement, le journaliste de La Presse canadienne n’a recueilli que des propos négatifs et a pris l’avis «objectif» de personnes qui sont contre, bien évidemment. «Aurait fait fuir» que le journaliste mentionne sans en être sûr. Il ne fait que prendre la parole du représentant patronal comme du cash. Très professionnel comme démarche journalistique. Et il ne mentionne aucun nom d’entreprises qui ont «fui». Le plus pathétique est que le journaliste parle de «grandes» sociétés (au pluriel) qui ont supposément quitté le Canada alors que les modifications fiscales mises de l’avant ne concernent que les propriétaires de PME. Cherchez l’erreur! Ah oui, les grandes sociétés ont déguerpi pour aller où, ça le journaliste ne le dit pas. Tout de même bizarre, non?

 

 

Le Parti conservateur à la défense des petits gros

Ah oui, il y a aussi le Parti conservateur fédéral, soudé aux compagnies, qui s’est vaillamment opposé en contournant la vérité comme c’est souvent son habitude : «Parti conservateur. Andrew Scheer (le nouveau chef) dénonce la réforme fiscale proposée par les libéraux» (Le Devoir, 8 septembre 2017). Andrew a même dit que cela allait mettre en péril la survie de toutes nos PME, même si les changements fiscaux ne visaient nullement les PME, mais plutôt leurs propriétaires qui se paient joyeusement la traite fiscale à nos dépens et sur notre bras grâce aux échappatoires : «L’heure juste. PME ou abri fiscaux?» (Le Devoir, 11 septembre 2015). Bon texte de Manon Corneiller que je vous suggère de lire. Aie, faut arrêter de toujours considérer les PME comme des martyrs qu’il faut gaver de fonds publics et exempter de payer, comme monsieur et madame Tout-le-monde, leur juste part d’impôts.

 

 

Le chroniqueur qui parle de guerre de classes

Et pour une simple petite mesure fiscale qui veut seulement restreindre certains opportunistes à éviter l’impôt, voilà que le chroniqueur du Devoir, Konrad Yakabuski, s’alarme et nous met en garde contre une : «Une rentable guerre des classes.» (Le Devoir, 20 septembre 2017). Guerre qu’il a dit et pas seulement «lutte» des classes. Guerre des classes entre qui et où ça monsieur Yakabuski?

Morneau recule et annule presque tout

Et oui, le party fiscal des nababs va se poursuivre même s’il est inéquitable et qui, dans les faits, devrait être considéré illégal si on avait en poste des gouvernements véritablement au service de la population. Ce sont les mêmes hypocrites qui disent au monde ordinaire de ne pas s’abonner au marché au noir et d’exiger des factures afin de payer leur TVQ-TPS. Ne pas le faire c’est du vol qu’ils nous disent et ça met en péril la survie de nos programmes sociaux.

 

Ça n’aura pas pris grand-chose pour que le ministre libéral des Finances s’amende et s’exécute. Déjà, semaine après semaine, on le voyait s’écraser devant la grosse gomme qui mène le pays et le Québec à sa guise. Ça commence le 29 septembre 2017 comme l’écrit Le Devoir «Morneau ouvert à des amendements dans sa réforme fiscale». Et des grosses corrections en plus de ça. Tiens, le 14 octobre 2017, toujours dans Le Devoir, on pouvait lire : «Bill Morneau ajustera sa réforme». Ajustera dans le sens apportera des «adoucissements». Et le 19 octobre, encore dans Le Devoir : «Morneau adoucit encore sa réforme». Reforme pour ce qu’il en reste. Et fin octobre 2017, kaput, la réforme fiscale est partie, elle s’est envolée afin de ne pas martyriser outre-mesure nos riches créateurs de tout. Bande de lâches, va!

 

Oublier les autres amendements promis

Pour finir, une drôle juste pour vous, émanant de Bill Morneau : «Réforme fiscale. Ce n’est qu’un début, dit Morneau» (Le Devoir, 26 mars 2016). Mais, il n’y a jamais eu de début.