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Mon ennemie d'amour

Mon ennemie d'amour
Groupe V média

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Cette semaine, je regardais Occupation double et aussi surprenant que ça puisse paraitre, ça m’a fait réfléchir.

On ne se cachera pas que c’est une émission qu’on regarde surtout pour la fameuse «bisbille», sauf qu’on a beau se révolter contre les frasques de Joanie, on attend quand même chaque épisode avec une curiosité malsaine, parce que collectivement on aime ça l’haïr Joanie. On aime l’haïr comme on prend plaisir à détester le vilain dans un film. On aime l’haïr parce qu’elle prend exactement la place de l’antagoniste dont on a besoin.

Si on a besoin d’un antagoniste, c’est parce que c’est précisément ce personnage-là qui sert à mettre le héros en lumière et ultimement, on veut tous être le héros.

Mon ennemie d'amour
Groupe V média

 

Ça fait qu’on continue de la regarder comme une bête de cirque, en cherchant ce qui nous conforte dans ses lacunes à elle. Ça nous fait du bien de retourner la voir semaine après semaine, juste pour se confirmer qu’on est mieux qu’elle. Moi je pense qu’on regarde Joanie à travers un miroir qui en dit beaucoup sur nous, dans l’optique où haïr quelqu’un d’autre sert juste à s’aimer mieux soi-même.

Là où on est dans l’erreur, c’est qu’on ne voit que le monstre, pas l’humain. Si elle était vraiment si pire, elle ne serait pas autant convoitée par les gars et les autres filles de l’émission n’accepteraient pas de passer du temps avec elle. 

Ça m’a fait penser à mon antagoniste, dans la vraie vie. Ma vilaine à moi, elle n’est pas comme Joanie. Il n’y a pas de raison en particulier pour la détester, parce que c’est une fille tout ce qui a de plus banal. Même que de façon générale, le monde l’aime, elle.

J’aimerais pouvoir dire que si moi je n’y arrive pas, c’est parce qu’elle me dégoute ou que ce qu’elle fait va à l’encontre de mes valeurs, mais ce n’est pas vrai. Elle n’est pas dégoutante et ne me confronte pas dans mes valeurs.

 

Tout ce que je peux dire, c’est que quand vient le temps de dire pourquoi elle me dérange, mes excuses sont peut-être faibles et défaitistes, mais elles me réconfortent. C’est plus facile de me faire des excuses, puisqu’en me convainquant que le problème c’est elle, je ne suis pas forcée à cerner ce qui cloche de mon côté.

Je ne suis pas forcée d’admettre que je trouve ça presqu’insupportable de la savoir aussi désirée, juste parce qu’elle elle est game de donner l’exemple aux autres en étant la première à se tripper dessus. Je voudrais avoir la sagesse de me rappeler que la valeur d’une autre amoindrit pas la mienne, mais c’est plus fort que moi, quand je la voit être aussi rayonnante, ça me brûle les yeux.

 

C’est comme si sa lumière passe pile où il faut dans la loupe de mon manque de confiance et qu’à cause de ça mes insécurités s’enflamment. Sauf que ce n’est pas ça qui chauffe le plus ; C’est de réaliser que ce feu là brûle tellement fort,  que j’en arrive à déprécier une fille super, juste parce qu’elle est super.

J’ai essayé de m’immuniser contre son éclat en développant une espèce d’indifférence à son égard, mais je me suis butée à un mur. Un mur que j’ai construit. C’est un réflexe de peureuse ça. On se cache à l’intérieur d’une forteresse, au lieu d’apprendre à apprivoiser dehors.

C’est ça l’affaire; je dis que je ne suis pas bien avec elle. Mais si j’étais foncièrement bien avec moi, elle ne me dérangerait probablement pas le moins du monde.  C’est la preuve que je me suis trompée en affirmant que c’est elle mon antagoniste. Dans le fond, ma seule ennemie, c’est celle qui est toute seule au milieu de sa forteresse, pendant que tout le monde est dehors à profiter du soleil.

 

Toute l’équation réside dans le fait que ce qui me confronte, ce n’est pas elle. C’est ce que je vois d’elle dans les yeux des autres, parce que dans mes yeux à moi, quand je me regarde, ce que j’y vois ne brille pas aussi fort. 

À toi, que j’haïs d’amour, je te jure que j’ai vraiment juste envie de t’aimer moi-aussi. Mais d’abord, je vais prendre l’amour que je ne suis pas capable t’offrir et me le donner à moi.

Je te promets au moins une chose : t’es la prochaine sur la liste.

Vous pouvez entendre Rosalie Bonenfant sur les ondes du 107,3 Rouge tous les vendredis matins 7h30. Cliquez ici pour voir son segment en direct.