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La victoire de Valérie Plante n’est pas qu’une affaire de sourire!

La victoire de Valérie Plante n’est pas qu’une affaire de sourire!
PHOTO JOEL LEMAY, AGENCE QMI

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Bien des commentateurs se désolent, avec raison, du caractère superficiel de la vie politique en Occident, qui est dominée par le marketing. Ils ont raison, naturellement. Un homme politique n’est pas une boite de savon dont il faudrait nous vendre les charmes, l’originalité et l’efficacité. Une idée politique n'est pas non plus un gadget comme les autres. Mais la vie politique serait probablement moins superficielle si le système médiatique qui a la responsabilité de la mettre en scène ne la réduisait pas lui-même aux codes de la communication publicitaire et ne réduisait pas les conflits qui s’y expriment à de pures querelles cyniques se déroulant dans les coulisses du pouvoir. Autrement dit, si la vie politique n’était pas trop souvent traitée par le système médiatique avec des codes qui se rapprochent de ceux du show-business, elle pourrait fonctionner selon ses propres codes et retrouver sa noblesse.

On a beaucoup parlé, depuis une semaine, du fameux sourire de Valérie Plante. C’était inévitable. Nous ne sommes pas gouvernés par des robots mais par des humains. On ne saurait laisser de côté ce qu’ils dégagent, on ne saurait non plus oublier que certains ont du charisme et que d’autres n’en ont pas. C’est ainsi et ce n’est pas malheureux. Craignons les hommes et les femmes qui vivent exclusivement dans un univers cérébral seulement peuplé d’abstractions. La puissance magnétique d’un politicien compte pour beaucoup dans sa carrière et c’est la moindre des choses de l’analyser. C’est pourquoi la biographie d’un politicien ne saurait jamais se réduire à une simple biographie intellectuelle. Un homme politique n’est pas qu’un homme d’idées mais un homme d’action, son métier est physique et ne se passe pas seulement dans les bibliothèques, à la manière d’un professeur en cabinet.

Il n’en demeure pas moins qu’il ne faut pas s’arrêter à cette dimension, sous peine de ne rien comprendre et de contribuer à la soumission de la politique à la tyrannie du marketing alors qu’on prétend la dénoncer. Et j’y reviens: il y a quand même bien des limites à réduire le succès de Valérie Plante à une affaire de sourire! Que fait-on alors du lent mais constant travail d’implantation de Projet Montréal dans la métropole? Que fait-on du fait que ce parti avait une authentique base militante et que celle-ci faisait preuve d’un véritable idéalisme? Que fait-on des préférences idéologiques de la nouvelle bourgeoisie progressiste qui pèse de plus en plus dans les grandes métropoles? Que fait-on du travail acharné d’un parti politique qu’on peut apprécier ou non mais qu’on ne saurait accuser de manquer de convictions? Cela ne veut pas dire, encore une fois, que le charisme de la candidate ne compte pas, mais à ce qu'on en sait, sa campagne avait un vrai contenu politique et nous sommes en droit de croire qu'il a pesé dans le choix des électeurs.

Quand on entend Philippe Couillard dire qu’il mènera une campagne positive aux élections, quand on entend inversement François Legault dire qu’il ne sourira pas davantage pour se faire élire, on se demande si nous sommes basculés dans un monde complètement fou. La politique, qu’on le veuille ou non, est non seulement affaire de conquête et d’exercice du pouvoir, mais de visions du monde, de philosophies contrastées, de passions collectives, de programmes comparés. La politique, lorsqu’elle révèle sa meilleure part, permet de traduire dans la cité certains idéaux qui grandissent ceux qui s’en réclament et les appliquent. Il serait bien qu’on s’en rappelle dans les prochains temps en cessant de réduire un succès étonnant mais manifestement mérité en politique municipale à une pure affaire de dentifrice et de brosse à dents.