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Une proposition audacieuse

Une proposition audacieuse
Photo courtoisie

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Jusqu’où sommes nous prêts à aller pour plaire aux autres ? C’est la question complexe que pose le cinéaste Jean-François Asselin dans son premier long métrage, Nous sommes les autres, un thriller psychologique audacieux porté par un excellent trio d’acteurs composé d’Émile Proulx-Cloutier, Pascale Bussières et Jean-Michel Anctil.

Jean-François Asselin n’a pas peur des histoires tordues qui flirtent avec le surréalisme. Sa série télé Plan B mettait en scène un homme qui a la possibilité de retourner dans le passé pour réparer ses erreurs. Son court métrage Mémorable moi, qui a été primé dans plusieurs festivals il y a quelques années, racontait l’histoire d’un jeune homme qui devait constamment rappeler sa présence aux autres, au risque de disparaître. Nous sommes les autres, son premier long métrage qu’il a coécrit il y a plus de dix ans avec le scénariste Jacques Drolet, s’inscrit en parfaite continuité avec ses œuvres précédentes.

Disparition mystérieuse

L’intrigue du film tourne autour de la disparition mystérieuse d’un architecte reconnu qui a quitté sa conjointe (Myriam) et son travail sans prévenir personne. Bouleversée par ce départ, Myriam (Pascale Bussières) décide de cacher la situation au bureau d’architectes où ils travaillent tous les deux pour ne pas nuire à un projet ambitieux sur lequel travaille la boîte. Elle ira même plus loin en recrutant Frédéric (Émile Proulx-Cloutier), un jeune architecte talentueux, mais peu sûr de lui, pour lui demander de réaliser les plans du projet à la place de l’architecte disparu.

Peu à peu, dans l’espoir de plaire à ses nouveaux employeurs, Frédéric se transformera – physiquement et psychologiquement – pour prendre la place de l’architecte disparu. Au travail, mais aussi dans le cœur de Myriam.

Le film suit aussi, en parallèle, le personnage de Robert (Jean-Michel Anctil), l’expert en sinistre qui enquête sur la disparition de l’architecte. Malheureux dans son petit quotidien tranquille aux côtés de sa femme (Valérie Blais) et de leurs deux enfants, Robert remettra sa vie en question en découvrant le milieu culturel raffiné de l’architecte disparu.

Apparences

À l’image des thèmes abordés dans l’histoire, Nous sommes les autres joue beaucoup sur les apparences. Le film prend d’abord la forme d’un drame existentiel pour bifurquer lentement mais sûrement vers un thriller psychologique aux accents fantaisistes. Plus le récit progresse, plus on se laisse entraîner dans un univers légèrement décalé où les personnages sont apparemment prêts à tout pour réussir à plaire aux autres.

Au cœur du film, Émile Proulx-Cloutier offre une performance étonnante. Il a su composer un rôle complexe et nuancé qu’on trouvera d’abord attachant, puis inquiétant. Autour de lui, Pascale Bussières s’avère émouvante dans la peau d’une femme qui n’arrive pas à vivre autrement qu’à travers le regard de l’homme qu’elle aime. Héritant d’un premier vrai rôle dramatique, Jean-Michel Anctil se révèle une des belles surprises du film. L’humoriste est tout à fait crédible, et même touchant, sous les traits d’un homme triste qui étouffe dans son quotidien ennuyant.

Certaines maladresses

Parsemé de bonnes idées et de scènes joliment réalisées (dont celles dans lesquelles les plans d’architecture prennent forme sous nos yeux), Nous sommes les autres n’est toutefois pas parfait. Hésitant parfois un peu trop entre un ton dramatique ou comique, le film souffre de certaines maladresses, notamment sur le plan narratif. Il faut toutefois applaudir l’audace de Jean-François Asselin pour avoir osé explorer un genre de cinéma qu’on voit trop peu au Québec.

Nous sommes les autres

★★★

  • Un thriller de Jean-François Asselin
  • Avec Émile Proulx-Cloutier, Pascale Bussières et Jean-Michel Anctil
  • À l’affiche