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La classe de Mme C.: comme une voiture de course

Garçon
Illustration Fotolia

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Ma classe compte chaque année des enfants qui vivent avec un TDAH. Ce trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité.

Y a-t-il plus d’enfants que « dans le temps » qui vivent avec un TDAH ? Je me fais souvent poser cette question. Je ne sais pas.

Il y a assurément plus d’enfants « que dans le temps » qui reçoivent le diagnostic. Sans doute parce que nos connaissances sur les difficultés d’apprentissage se raffinent. Et que nous lisons mieux les enfants qu’avant.

Je sais par contre que mes élèves chez qui une équipe composée d’enseignants et de professionnels de la santé a décelé un TDAH et qui prennent une médication pour le contrôler voient leur vie d’élèves transformée.

LA VIE À 100 MILLES À L’HEURE

La cloche est sonnée et Loïc n’est toujours pas en rang pour l’entrée. Il est perché au sommet du bloc moteur avec la casquette de Sébastien dans les mains. Qui lui crie de la lui redonner.

Loïc saute du cordage et lance la casquette à Sébastien en plein visage. Qui pleure de rage. Et Loïc poursuit sa course folle.

Il rejoint notre rang, mais repart aussitôt vers le fond de la cour. Où il avait oublié son sac. À moitié ouvert. Dans un trou d’eau. Il nous retrouve finalement aux crochets.

8 : 16. Loïc entre et sort continuellement de la classe. Une girouette. Il lance son sac d’école comme une boule de quilles. Vers son bureau.

Les élèves autour s’impatientent. Son bourdonnement incessant dérange. Avec sa bouche. Ses pieds. Ses clés de maison. Sa chaise. Tous sont en période de lecture calme depuis déjà dix minutes.

Alors que Loïc n’a ni enlevé son coupe-vent ni changé ses chaussures. Ni défait son sac. Ni remis ses devoirs. Ni rien.

Nous sommes prêts à travailler. Pas Loïc.

C’est l’examen de géographie et d’histoire ce matin. Sa matière préférée. Mais Loïc n’a pas de réponses très pertinentes sur sa feuille. Que des trucs incomplets. Hors sujet. Ou des points d’interrogation. En pattes de mouches.

AVOIR LES DEUX MAINS SUR LE VOLANT

Loïc a un TDAH. Et a oublié de prendre sa médication ce matin. Oups !

Une molécule qui l’aide à faire ce qu’il faut quand il faut. Qui lui permet de commencer et de terminer son travail. D’avoir la concentration nécessaire pour venir me poser une question. Et d’écouter ma réponse. Puis d’agir en conséquence.

Loïc vit des réussites académiques. Et sociales. Enfin !

Parce qu’avant qu’on ne comprenne ce qui le muait ainsi sans arrêt, Loïc ne fonctionnait pas bien. Ni à l’école. Ni à la maison. Ni avec les amis. Et il ne se sentait bon dans rien. C’est grave ça.

« Dans le temps », je ne crois pas que Loïc aurait fini par être bien à l’école. Et s’y valoriser.

Traiter le TDAH ne règle pas tous les défis des enfants concernés. Mais les rend disponibles aux apprentissages. Ainsi, beaucoup de choses deviennent possibles.

C’est quoi l’adage ? Toujours viser la lune. En cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ?

Loïc a le compas dans l’œil maintenant.