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Le revenu minimum garanti est une utopie, conclut un comité d’experts

Trois universitaires recommandent tout de même au gouvernement de s'en inspirer

revenu minimum garanti
Photo Simon Clark «Le revenu minimum garanti est aujourd'hui souvent considéré comme une utopie. Si c'est le cas, cette utopie est pour le comité source d'inspiration», a déclaré Dorothée Boccanfuso, de l’Université de Sherbrooke, qui a travaillé avec Jean-Michel Cousineau, de l’Université de Montréal, et Raquel Fonseca, de l’Université du Québec à Montréal.

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Sans rejeter complètement le concept de revenu minimum garanti, un comité d’experts mandaté par le gouvernement recommande de s’en inspirer pour revoir et simplifier l’aide sociale au Québec.

Au terme de plusieurs simulations, trois universitaires ont constaté que la mise en place pure et simple d’un revenu minimum garanti au Québec causerait «d’importants problèmes d’équité, d’incitation au travail ou d’acceptabilité sociale».

«On ne rejette pas la mise en place d’un revenu minimum garanti, au contraire, on souhaite que le gouvernement améliore le système de soutien du revenu actuel pour tendre vers un revenu minimum garanti, mais dans une forme qui vise à cibler plus les démunis et à nous assurer que tout le monde soient couverts», a résumé la présidente du comité d’experts, Dorothée Boccanfuso, en conférence de presse.

Dans son rapport final déposé lundi, le comité d’experts sur le revenu minimum garanti suggère notamment de regrouper les prestations d’assistance sociale, le crédit d’impôt pour la solidarité et la prime au travail en un seul et unique versement.

Une mesure à un milliard

Selon le comité mandaté par le gouvernement Couillard au printemps 2016, cela permettrait entre autres de rejoindre ceux ne réclament pas l’assistance sociale et les mesures fiscales auxquelles ils ont droit, parfois par crainte de préjugés ou encore parce que les démarches pour en bénéficier sont trop complexes.

Les experts recommandent également de bonifier de façon importante la prime au travail, pour mieux récompenser ceux qui quittent l’aide sociale pour le marché du travail.

À elle seule, cette mesure «représente un coût élevé pour l’État québécois», peut-on lire dans le rapport, c’est-à-dire jusqu’à un milliard de dollars par année.

Personnes seules et couples sans enfants

Le comité recommande par ailleurs de hausser l’aide sociale accordée aux personnes seules et aux couples sans enfants à un niveau équivalent à 55 % de la mesure du panier de consommation.

«On considère que c’est un seuil qui va permettre de couvrir les besoins immédiats pour ces personnes : se loger, se vêtir, se nourrir», a expliqué Mme Boccanfuso.

C’est là que le comité d’experts s’attire le plus de critiques. Selon le député péquiste Harold LeBel, fixer le seuil à 55 %, alors qu’il se situe déjà à 52 %, permettra de «sortir de l’extrême misère», mais pas de la pauvreté.

«C’est exactement le genre de recommandations que le gouvernement attendait, a réagi Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté. C’est lui qui a choisi les experts du comité, trois économistes. [...] Cette vision rétrograde démontre l’ampleur des préjugés qui ont guidé le travail du comité d’experts.»

Le ministre Blais entend tenir compte de ce rapport en vue de l’élaboration du troisième plan de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale.