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Nos cerveaux boudent les États-Unis

Moins de Canadiens qualifiés partent à la conquête de nos voisins depuis l’élection de Donald Trump

Le chercheur Jack Jedwab s’attendait à ce que plus d’Américains viennent s’établir au Canada après l’élection de Donald­­­ Trump. Mais ce sont plutôt les Canadiens qui ne sont plus aussi attirés par les États-Unis, selon lui.
Photo Pierre-Paul Poulin Le chercheur Jack Jedwab s’attendait à ce que plus d’Américains viennent s’établir au Canada après l’élection de Donald­­­ Trump. Mais ce sont plutôt les Canadiens qui ne sont plus aussi attirés par les États-Unis, selon lui.

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OTTAWA | Si la tendance se maintient, l’hémorragie des cerveaux canadiens vers les États-Unis va atteindre un creux historique cette année grâce à la force de l’économie canadienne, mais surtout... grâce à Donald Trump.

« La fuite des cerveaux est en train de disparaître ! », s’exclame le vice-président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab.

Depuis des décennies, des dizaines de milliers de Canadiens éduqués et ambitieux s’exilent chaque année aux États-Unis à la recherche de nouvelles opportunités. Mais depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, leur nombre s’est réduit comme une peau de chagrin.

« Ce ne sont pas des gens qui cherchent de l’emploi qui vont aux États-Unis. Ce sont des gens qui ont déjà un emploi et qui cherchent à améliorer leur situation économique. C’est pour cela qu’on appelle cela la fuite des cerveaux », explique M. Jedwab.

Merci à Trump

Les Canadiens sont encore aujourd’hui plus nombreux à migrer vers le sud que les Américains faisant le chemin inverse.

Dans les six premiers mois de 2017, 5869 Canadiens ont fait leurs valises pour les États-Unis, tandis que 4685 Américains ont déménagé au nord, pour une perte nette de 1214 personnes.

Mais il faut remonter aussi loin que la guerre du Vietnam (1955-1975) pour observer un si petit solde migratoire, selon M. Jedwab. Durant cette période, des dizaines de milliers de jeunes Américains se sont réfugiés au nord pour éviter d’aller au front.

« Trump a un effet dissuasif sur les Canadiens, assure le chercheur. Ils ne déménagent presque plus aux États-Unis depuis 18 mois. »

M. Jedwab s’attendait à ce que le bilan du solde migratoire soit plutôt influencé par l’augmentation marquée d’Américains s’établissant au Canada. Nombre d’entre eux ont menacé de partir avec l’élection de Donald Trump.

Or, ce sont plutôt les Canadiens, notamment refroidis par le président républicain, qui permettent au pays de mieux s’en tirer à ce chapitre.

« Je ne me doutais pas que le climat politique américain ferait en sorte que les Canadiens bouderaient les États-Unis », ajoute M. Jedwab.

« Excellente nouvelle »

Le président-directeur général de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, voit dans cette tendance une « excellente nouvelle ».

« Les États-Unis n’ont plus la force d’attraction qu’ils avaient et les premiers à s’en rendre compte sont les Canadiens, croit M. Leblanc. C’est une réalité américaine qui est née d’une méfiance envers les étrangers et d’un discours politique qui est moins accueillant venant de Trump. »

À l’inverse, le Canada n’a jamais été aussi « cool » sur la scène internationale et son économie « est forte » à l’heure actuelle, poursuit-il.

– Avec Christopher Nardi

 

Les mouvements migratoires entre les deux pays
  Canadiens ayant déménagé aux É.-U. Américains ayant déménagé au Canada Solde migratoire (perte du Canada)
2017 (janvier à juin) 5869 4685 1214
2016 12 793 8410 4383
2015 19 309 7522 11 787
2014 17 670 8496 9174
2013 20 489 8501 11 988
2012 20 318 7891 12 427
2011 19 506 7676 11 830
2010 19 491 8142 11 349
2009 22 508 8995 13 513
2008 22 366 10 190 12 176
2007 20 324 9463 10 861

Sources : Citoyenneté et immigration Canada et Bureau of Citizenship and Immigration Services/Department of Homeland Security