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Une descente fatale pour David Poisson

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AFP

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LYON | La mort accidentelle du Français David Poisson, lundi à l’entraînement au Canada, a tragiquement rappelé que la descente de ski alpin restait une discipline extrêmement dangereuse, la plus mortifère des épreuves olympiques, malgré les constants efforts pour assurer plus de sécurité.

David Poisson et ses partenaires du groupe vitesse de l’équipe de France se préparaient depuis quelques jours à Nakiska (ouest du Canada) en vue des épreuves de vitesse (descente et super-G) de Lake Louise (Canada), comptant pour la Coupe du monde et programmé les 25 et 26 novembre.

Âgé de 35 ans, Poisson, médaillé de bronze de descente aux Mondiaux 2013 à Schladming (Autriche), s’est tué 16 ans et deux semaines après Régine Cavagnoud.

Championne du monde de super-G huit mois plus tôt, la skieuse du Grand-Bornand (Haute-Savoie) avait heurté un coach allemand lors d’une séance d’entraînement commune aux Françaises et Allemandes sur un glacier autrichien le 29 octobre 2001. Souffrant de lésions cérébrales graves, la jeune femme était morte deux jours plus tard à l’hôpital d’Innsbruck.

Dur comme un roc 

« Dur comme un roc, c’était un mec formidable »: la voix cassée par l’émotion, Christian Frison-Roche, ex-directeur course de l’équipementier Salomon, se souvient du skieur de Peisey-Vallandry, fidèle à la marque depuis son adolescence.

Effectivement, « Caillou », son surnom dans le groupe de l’équipe de France de vitesse, était jovial, souriant. Petit gabarit, il « envoyait » dans les pentes extrêmes. Son seul podium en Coupe du monde avait été signé sur la difficile piste Deborah Compagnoni à Santa Caterina Valfurva, en Italie (3e le 29 décembre 2015).

Il avait aussi échoué au pied du podium -quatrième- sur les deux monuments du circuit, la Stelvio tout en verglas et dévers de Bormio (29 décembre 2009) et la mythique Streif de Kitzbühel (26 janvier 2013).

Père d’un petit garçon, le Savoyard avait aussi la modestie et la simplicité de ces hommes de la montagne, confrontés au danger permanent, mais qui ne surjouent pas.

Quand on lui demandait s’il ressentait parfois la boule au ventre, voire s’il éprouvait la peur, avant de dévaler des pistes avec des pointes à plus de 140 km/h, avec pour seul viatique deux planches et un casque, il souriait. Puis il s’asseyait, croisait ses bras de costaud et expliquait posément que c’était sa passion, son métier. Enfin, presque de l’ordinaire.

 Lourd tribut 

Comme pour les sports automobiles et motocyclistes, le ski alpin a payé un lourd tribut aux morts sur le champ d’honneur, avec 12 depuis 1959 entre entraînement et compétitions.

Avant Poisson et Cavagnoud, l’Autrichienne Ulrike Meier s’était tuée lors de la descente de Garmisch-Partenkirchen (Allemagne), le 29 janvier 1994, sa tête ayant heurté une cellule électrique de chronométrage.

Il y eut aussi le long calvaire du grand espoir italien Leonardo David, maintenu en vie artificiellement pendant plus de cinq ans, et déclaré mort à 25 ans, en 1985.

Désormais, à l’image des Grand Prix de Formule 1 ou de Moto, le moindre obstacle est banni des pistes de vitesse et deux rangées de bâches de sécurité sont censées empêcher tout concurrent de quitter la piste.

Ce qui était arrivé pourtant au prometteur Silvano Beltrametti, lors de la descente de Val d’Isère, le 8 décembre 2001. Les skis du Suisse avaient perforé les filets et Beltrametti s’était fracturé la colonne vertébrale sur un rocher, paraplégique pour la vie.

Comme si le mauvais sort avait commencé à distiller son poison, David Poisson avait perdu son père, emporté par un cancer, il y a deux semaines.

Tous sous le choc, ancien champion ou entraîneur ont insisté sur une dimension: « la grande famille des descendeurs », où le respect n’est pas un vain mot. Parce que la notion de danger resserre les êtres.