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Ils collectionnent l'argent Canadian Tire depuis 27 ans

Ils collectionnent l'argent Canadian Tire depuis 27 ans
Étienne Paré

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Vous ne savez pas quoi faire de l’argent Canadian Tire qui traîne au fond de votre portefeuille ? Peut-être pourrait-elle valoir plus cher que vous ne le croyez. On est allé à la rencontre de collectionneurs d’objets à l’effigie de Canadian Tire (oui ça existe) qui s’étaient donné rendez-vous cette fin de semaine à Pointe-aux-Trembles. Attention, c’est sérieux !

En tout, le Canadian Tire Coupon Collector’s Club rassemble plus de 250 collectionneurs de partout au pays, « dont 80 seulement au Québec », comme le rappelle fièrement le directeur de la branche québécoise du club, Jerome Foure, en tirant sur les bretelles de sa salopette.

Jerome Foure
courtoisie
Jerome Foure

Jerome et sa bande feraient des pieds et des mains pour obtenir un billet souvenir du 75e anniversaire ou encore pour une camionnette en jouet de la « golden collection ».

Pourtant, ils ne préfèrent pas Canadian Tire à Réno Dépôt ou à BMR. Pour eux, collectionner des articles à l’image de Canadian Tire est un hobby parmi tant d’autres. Une passion sur laquelle il est difficile de mettre des mots.

« Collectionner c’est une maladie », tranchera Ghyslaine, qui est membre du Canadian Tire Coupon Collector’s Club depuis sa fondation en 1990.

Canadian Tire dans tout ça

Il n’existe aucune traduction française pour le Canadian Tire Coupon Collector’s Club. « Canadian Tire nous a donné l’autorisation d’utiliser leur nom et leur logo, mais la compagnie ne voulait pas payer les droits pour un nom en français et un autre en anglais », explique Jerome.

Lorsque le club a été créé, le mythique quincaillier canadien ne savait pas trop sur quel pied danser, se souvient Ghyslaine. « Au début, l’entreprise n’aimait pas ben ben ça qu’on collectionne les coupons parce que, pendant ce temps-là, on ne les dépensait pas. Aujourd’hui, ils nous appuient parce qu’ils se sont rendu compte qu’on faisait de la promotion gratuite pour eux. »

Avec le temps, Ghyslaine a même forgé une relation privilégiée avec certains propriétaires de succursales. « Ils me connaissent maintenant. J’ai déjà fait quatre magasins pour trouver le billet d’argent du numéro de série que je cherchais. »

Pas pour l’argent

Aujourd’hui, Ghyslaine n’accumule plus que les épinglettes et les cartes-cadeaux. Elle a vendu sa collection d’argent Canadian Tire il y a quelques années.

Pour quel montant exactement ? « Pour un bon montant », se contentera-t-elle de répondre avec pudeur.

Mais peu importe, Ghyslaine ne fait pas ça pour l’argent.

Même qu’elle devra mettre la main dans sa poche l’an prochain pour aller au marché aux puces du Canadian Tire Coupon Collector’s Club qui se tiendra à Edmundston, au Nouveau-Brunswick.

« On se rencontre à peu près quatre fois par année. Mais le marché aux puces, c’est vraiment gros. Il y a du monde de partout au Canada. Cette année, c’était à Niagara Falls. C’est sûr qu’on ne rentre pas dans notre argent, mais ça ne fait rien. On le fait par passion. C’est un bon prétexte pour faire notre social. »  

La rencontre de samedi a attiré une vingtaine de collectionneurs
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La rencontre de samedi a attiré une vingtaine de collectionneurs

Lire entre les chiffres

Une « maladie » dont Roger souffre aussi depuis longtemps. Il ne s’en plaint pas trop, lui dont les yeux s’illuminent quand il ouvre sa mallette pleine de billets d’argent Canadian Tire.

Des coupons, en apparence, anodins, mais qui en disent long sur l’histoire du détaillant canadien.

Saviez-vous par exemple que l’homme qu’on retrouve sur tous les billets Canadian Tire n’avait jamais existé ? « C’est un pastiche d’Écossais. À l’époque, les Écossais étaient associés à la prospérité. Si on remarque bien, on peut voir qu’il ne porte pas son chapeau du même côté que l’Écossais traditionnel », raconte Roger.

Et si on porte attention d’encore plus près à un coupon, on peut lire qu’il n’est remboursable que dans les magasins Canadian Tire. Mais tel n’a pas toujours été le cas.

« Avant, Rona acceptait aussi l’argent Canadian Tire. Ils ramassaient les coupons et allaient les dépenser chez leur concurrent. Après, ils vendaient la marchandise achetée moins cher dans leurs magasins. Canadian Tire les a poursuivis, mais ils ont perdu parce que ce n’était pas marqué sur les billets que Rona n’avait pas le droit de faire ça. »

L’âge d’or de l’argent Canadian Tire 

Roger a commencé à s’intéresser à l’argent Canadian Tire il y a 12 ans quand les timbres et la monnaie canadienne sont devenus trop chers sur le marché des collectionneurs. « C’était facile à ramasser. Chaque fois que tu allais magasiner pour 100 $, on te redonnait 4 $ en argent Canadian Tire. »

La compagnie se montre toutefois moins généreuse aujourd’hui. « Canadian Tire donne beaucoup moins de billets qu’avant. Les gens préférèrent être remboursés par carte-cadeau de toute façon. Et en plus, c’est plus payant. »

Des changements qui poussent Roger, Ghyslaine, Jerome et les autres à se renouveler.

Mais il n’y a pas que l’argent Canadian Tire qui commence à se faire rare : les collectionneurs aussi.

« C’est de même pour tous les clubs de collection. Que veux-tu, les jeunes à c’t’heure, ils n’ont plus la patience. Ils préfèrent être sur leur Nintendo », regrette Roger.

Une lueur d’espoir 

Jerome remarque cependant un regain de popularité pour le Canadian Tire Coupon Collector’s Club dans le Canada anglais depuis que le Maclean’s a consacré un article au groupe le mois dernier. Il fonde aussi beaucoup d’espoir dans celui-ci pour faire de même au Québec.    

Qui sait ? Peut-être que d’autres « malades » se sentiront interpellés.

Des « malades » très charmants, somme toute. En espérant qu’ils ne guérissent jamais.