/sacchips/inmybag
Navigation

Je viens de Brossard et je trouve ça vraiment correct être tout nu dans un vestiaire, et un peu en général aussi

Je viens de Brossard et je trouve ça vraiment correct être tout nu dans un vestiaire, et un peu en général aussi

Coup d'oeil sur cet article

Ayant été une Brossardoise de ma naissance à 2007, je me suis évidemment sentie obligée de m’adresser à vous aujourd’hui, afin de réagir à l’interdiction de se promener nu dans les vestiaires de ma ville natale.

Je tiens d’abord à m’excuser pour les quelques heures de silence dont j’ai eu besoin avant de prendre publiquement position dans ce dossier délicat.

C’est parce que ce n’est pas toujours évident de faire son coming out et d’assumer pleinement que sa ville d’origine est Brossard. Je ne l’ai pas choisie. Je suis née Brossardoise et je vous demanderai de m’accepter comme telle.

Bref, on apprenait lundi que la ville de l’autre côté du pont Champlain en ruine et de celui en construction avait pris la décision d’interdire la nudité dans les vestiaires de ses piscines publiques.

Tout de suite, je me suis dit: «Voyons Brossard, calme-toi. Tu peux sûrement te mettre sur la mappe autrement.»

L’étape de choc passée, j’ai investigué.

Déjà, il appert que ce n’est pas super clair leur affaire. «Ce n’est pas un règlement, c’est une consigne qui vient du service des loisirs. Il n’y a pas d’amendes ni de sanctions. On demande la collaboration des gens tout simplement» nous a expliqué le chef de la division aquatique de la ville. OK, il s’agit d’un excellent titre d’emploi. Bravo pour ça. Par contre, cette explication sonne comme Mélanie Joly qui tente de nous faire comprendre sa politique culturelle face à Netflix. Bon, ça c’est peut-être exagéré. Disons alors que ça sonne comme le Parti libéral du Québec qui tente de nous expliquer comment sera appliquée la loi 62. C’est confus.

Transportons-nous dans le futur. «Monsieur le surveillant, ce Monsieur était nu dans le vestiaire tantôt.» «Monsieur, ce n’est pas gentil d’être nu dans le vestiaire.»

Fin de la vision d’avenir. Êtes-vous aussi ennuyés que moi?

Voyons maintenant comment les choses se déroulent présentement. Si tu n’as pas envie de te faire voir, tu peux bien sûr aller te changer dans une cabine. Si tu n’as pas non plus envie de voir les autres tout nu, tu peux, mais attention, cela demande un peu de travail; ne pas les regarder.

Comment dire. Ben oui, il y aura probablement toujours un vieux monsieur ou une vieille madame que certains qualifieront de «trop à l’aise avec leur corps» qui se promènera un peu trop longtemps “commando” dans le vestiaire. Mais si on bannit ces gens-là de notre espace de vestiaire collectif, on coupe une source intarissable de matériel à plusieurs humoristes qui, à sec, pourraient être tentés de se revirer vers l’humour «au second degré». Et ça, on sait tous à quel point ça peut mal finir.

Brossard nous assure que la décision a été motivée par les plaintes de certains citoyens mal à l’aise avec la nudité et que cela n’a rien à voir avec la religion.

OK, mais peut-on s’il vous plaît, juste être nus? Bien sûr, la chose doit se faire avec discernement. Mais on ne parle pas de transformer les vestiaires en camp de nudistes. On parle de se changer et de passer à autre chose.

De toute façon, je n’ai jamais compris comment quelqu’un qui est mal à l’aise de voir pendant une fraction de seconde quelqu’un de tout nu est à l’aise d’aller barboter en eau publique, avec l’urine et les fluides corporels que cela implique. Mais ça, c’est peut-être juste moi.

Je veux aussi mentionner que j’ai suivi tous mes cours de natations dans les piscines publiques brossardoises et à part des verrues plantaires, je n’ai jamais été exposée à rien de bien traumatisant.

Et à ceux qui se scandalisent des nu-vites de vestiaires, souvenez-vous que les choses étaient pires il y a à peine quelques centaines d’années, lorsque les gens fumaient dans les bars, mangeaient des frites dans des arénas et - horreur - avaient le droit de prendre des photos de leur enfant à la pataugeoire.

Allez, soyons fous.

Soyons nus, trois secondes, le temps de mettre un maillot de bain.

Soyons vrais.

Soyons Brossard.

Vive Brossard.

Vive Brossard libéré.

Vive Brossard nu.


 

Je terminerai quand même en livrant ici une série de suggestions auxquelles mon ancienne ville pourrait s’attaquer plutôt que de légiférer sur le droit d’être tout nu dans les lieux prévus à cet effet.

► Débloquer les sorties du Dix30.
► Abolir le Dix30.
► S’attaquer aux plantations de pot cachées dans 1 bungalow sur 10 en ville (ben oui, tout le monde le sait).
► Nous expliquer enfin ce qui se passe dans l’ancien poste de police sur Milan.
► Finir les travaux à l’hôtel de ville.
► Changer le nom de «La place de l’amitié» de la polyvalente Antoine-Brossard parce que franchement, c’est pas si cool d’être une ado rebelle et de donner rendez-vous à ses amis dans «la place de l’amitié».