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Le fédéral appelé à larguer Phénix au lieu de le réparer

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Malgré les centaines de millions de dollars déjà dépensés par Ottawa sur le système de paye Phénix, un des principaux syndicats de la fonction publique a exhorté mardi le gouvernement à larguer le logiciel défectueux afin d'en concevoir un nouveau.

Selon l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), qui représente plus de 50 000 fonctionnaires fédéraux, la situation de Phénix est «sans espoir».

«Assez, c’est assez! Après deux ans de problèmes, nos membres ont perdu confiance. Nous avons besoin d’un système qui marche», a déclaré en conférence de presse la présidente du syndicat, Debi Daviau, rappelant que la paye de plus de 150 000 fonctionnaires avait été affectée.

L’IPFPC maintient qu’il serait plus rapide pour le gouvernement d’utiliser son expertise interne afin de développer un nouveau système que de tenter de réparer Phénix.

Le syndicat croit que cette solution pourrait être mise en place d’ici un an, sans toutefois être en mesure d’assurer que l’opération se ferait à coût nul. C’est que l’entretien de Phénix devrait se poursuivre durant le développement éventuel d’un nouveau système.

Des démarches ont déjà été entamées afin de convaincre le fédéral de la viabilité du projet, dit l’IPFPC, qui représente entre autres les spécialistes en informatique de la fonction publique.

«Le gouvernement a de la difficulté à admettre qu’il a investi autant d’argent et que ça ne fonctionne pas. Mais à un moment donné, il faut mettre de côté ce qui fait défaut et recommencer à zéro», a affirmé le vice-président du syndicat, Stéphane Aubry.

Sans commenter précisément la proposition de l’IPFPC, le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement a dit travailler avec les syndicats pour trouver des solutions aux déboires de Phénix. «Nous sommes à l’écoute des préoccupations et des problèmes soulevés par les employés, et nous sommes déterminés à collaborer à tous les niveaux pour les résoudre le plus rapidement possible», a indiqué l’attachée de presse de la ministre Carla Qualtrough, Ashley Michnowski.

L'an dernier, le gouvernement s'était donné pour objectif de régler le problème avant le 31 octobre 2016. Toutefois, Phénix accumulait toujours 265 000 transactions en retard à la fin d'octobre 2017.

Implanté dans l'espoir de dégager des économies de 70 millions $ par année, le système informatisé devrait plutôt coûter 93 millions $ cette année juste pour tenter de réparer les problèmes qu'il cause.

Développé par IBM, Phénix a été implanté en février 2016 pour un coût supérieur à 300 millions $.

La facture totale pour la réparation du système de paye pourrait dépasser le milliard de dollars, a laissé entendre la ministre Qualtrough au cours d’une entrevue accordée au réseau CTV en fin de semaine dernière.

Le Nouveau Parti démocratique a appuyé l’idée d’une alternative à Phénix développée à l’interne. «Il est primordial que l’expertise et l’expérience des syndicats et des fonctionnaires chargés de la rémunération soient au cœur de l’élaboration de ce plan B», a fait savoir la porte-parole adjointe des néodémocrates en matière de travail, Karine Trudel.

Pour le député conservateur Alupa Clarke, si le système Phénix n’est pas encore «bon à jeter aux poubelles», il est temps que le gouvernement prenne la situation au sérieux. «Les cas n’arrêtent pas de s’accumuler et le gouvernement ne propose aucune solution concrète pour régler le problème. Je comprends le désarroi des syndiqués. Il sont au bout du rouleau», a-t-il déploré.