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Perquisitions chez Lafarge et GBL: le cimentier fait l’objet d’une enquête sur des allégations de financement terroriste

GBL est le deuxième actionnaire en importance de Lafarge (qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015), avec 9,4 % du capital. Paul Desmarais Jr siège au conseil de Lafarge depuis 2008.
Photo AFP GBL est le deuxième actionnaire en importance de Lafarge (qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015), avec 9,4 % du capital. Paul Desmarais Jr siège au conseil de Lafarge depuis 2008.

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Des perquisitions ont eu lieu mardi au siège parisien de Lafarge, ainsi que chez GBL à Bruxelles, un des actionnaires de ce cimentier, dans le cadre de l’enquête sur des soupçons de financement indirect de groupes jihadistes en Syrie. GBL, un holding contrôlé par les familles Frère et Desmarais, est le deuxième actionnaire en importance de Lafarge.

« Les enquêteurs français sont toujours en train de perquisitionner dans nos locaux », a dit à l’AFP en fin d’après-midi une porte-parole de la société française Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim.

Holding Albert Frère/Desmarais

Paul Desmarais Jr, Administrateur, LafargeHolcim
Photo d'archives
Paul Desmarais Jr, Administrateur, LafargeHolcim

Parallèlement, une perquisition s’est déroulée au siège de GBL (Groupe Bruxelles Lambert), le holding du milliardaire belge Albert Frère qui détient 9,4 % du capital de LafargeHolcim. GBL, qui a confirmé dans un communiqué avoir fait l’objet d’investigations, a dit « coopérer pleinement » avec la justice dans cette affaire.

« Les enquêteurs cherchent à savoir si Groupe Bruxelles Lambert aurait pu être au courant des agissements du cimentier en Syrie », d’après une source proche de l’enquête.

Malmené à la Bourse de Paris à la suite de ces informations, le titre LafargeHolcim a terminé la séance en baisse de 1,95 %.

Les investigations, menées en France depuis juin par trois juges d’instruction, s’attachent à déterminer si Lafarge a transmis de l’argent à certains groupes, notamment à l’État islamique (ÉI), pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Les enquêteurs cherchent aussi à savoir si des responsables de cette entreprise en France avaient eu connaissance de tels accords et du danger qu’ils ont pu faire courir aux employés syriens sur place.

Le scandale avait été révélé en juin 2016 par Le Monde : dans son enquête, ce quotidien français avait mis en lumière de « troubles arrangements » entre Lafarge Cement Syrie (LCS), la branche syrienne du groupe, et l’organisation État islamique qui gagnait alors du terrain et devenait incontournable dans la région.

Deux mois plus tard, le ministère français de l’Économie avait porté plainte, déclenchant l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ).

Dans son rapport, dont l’AFP a eu connaissance, le SNDJ conclut que LCS a « effectué des paiements aux groupes jihadistes » pour que la cimenterie continue à fonctionner. Cela représentait, pour l’ÉI, une somme « de l’ordre de 20 000 dollars » par mois, a raconté Bruno Pescheux, directeur de la cimenterie de 2008 à 2014, devant les enquêteurs, d’après une source proche du dossier.

Paul Desmarais « terrorisé »

Rappelons qu’en avril dernier, le magazine français Challenges affirmait que l’affaire de paiements allégués à l’ÉI par le cimentier Lafarge aurait terrorisé Paul Desmarais Jr : « Paul Desmarais Jr et Gérard Lamarche [...] angoissent. Le milliardaire canadien, en particulier, “en bon anglo-saxon, est terrorisé par cette histoire”, assure un proche du groupe. On le comprend. Deux plaintes ont été déposées en France. Dont l’une émane directement de Bercy. Il ne manquerait plus que le ministère de la Justice américaine s’en mêle ! Se voir interdire l’accès au marché américain, où l’entreprise est leader avec près de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, serait une catastrophe ».