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Apparences de conflit d’intérêts: la vérificatrice doit s’expliquer, dit Poëti

Guylaine Leclerc
Photo d'archives Simon Clark La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a obtenu pour 5,23 M$ en contrats sans appel d’offres de l’AMF, entre 2004 et 2010.

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Le ministre délégué à l’intégrité des marchés publics, Robert Poëti, invite la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, à s’expliquer sur les apparences de conflit d’intérêts qui la rattrapent dans son enquête sur l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’UPAC.

Le gouvernement Couillard a confié à la vérificatrice générale (VG) il y a trois semaines le mandat de faire la lumière sur une présumée collusion entre l’AMF, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et une firme de consultants dans le système d’accréditation des contrats publics.

« Si elle est visée directement, à tort ou à raison, j’aimerais qu’elle s’explique et qu’elle réponde à ça, et ça, ce sera clair pour tout le monde », a confié le ministre Poëti à notre Bureau d’enquête.

Contrats

Lundi, Le Journal a révélé que Mme Leclerc, alors qu’elle dirigeait sa propre firme de juricomptables, a obtenu pour 5,23 M$ en contrats sans appel d’offres de l’AMF, entre 2004 et 2010. Mme Leclerc n’a toutefois plus de liens avec cette entreprise.

En 2011, l’entreprise de Mme Leclerc a offert à l’employée-cadre de l’AMF qui octroyait les contrats de juricomptabilité, Nathalie Drouin, un voyage pour un Forum de femmes d’affaires près de Los Angeles.

Mme Drouin se souvient qu’on lui a fait une offre, mais soutient ne pas avoir participé à ce voyage.

« Dans le cas précis de la vérificatrice, elle est interpellée directement dans deux volets ; un volet où on dit apparence de conflit d’intérêts sur des contrats antérieurs. Et il y a cette allégation (selon laquelle) qu’elle aurait offert un voyage qui aurait été refusé », résume le ministre Poëti

« À partir de là, moi je ne suis pas policier pour aller vérifier la véracité de ça. C’est à ce titre que je me dis: est-ce que ç’a été regardé ? Est-ce que ç’a été vérifié ? En ce qui me concerne, si elle l’expliquait ou répondait à ça, ça serait clair pour tout le monde », a répété M. Poëti.

Mandat d’enquête contesté

Les présumées irrégularités dans le processus d’accréditation d’entreprises de l’AMF ont été dénoncées par Annie Trudel, amie du député Guy Ouellette.

Elle soutient que c’est parce que celui-ci voulait dénoncer le stratagème que l’UPAC l’a arrêté le 25 octobre dernier.

M. Ouellette et Mme Trudel sont d’avis que le mandat d’enquête aurait dû être confié à un corps de police plutôt qu’à la VG.

Le ministre Robert Poëti laisse entendre qu’il lui manque de l’information pour arriver à une telle conclusion.

« Quand les gens disent que les perceptions sont plus fortes que la réalité, je m’inscris en faux là-dessus. Voyons quelle est la réalité ? S’il y a apparence de conflit d’intérêts. Il me manque de l’information. »

M. Poéti a invité le Bureau d’enquête à s’adresser directement à la vérificatrice générale. « Le vérificateur général est en cours de mandat et n’émet jamais de commentaires durant cette période. Comme d’habitude, le vérificateur général s’assure d’avoir toute l’indépendance nécessaire, comme l’exigent ses normes professionnelles », a répondu le bureau de Mme Leclerc par courriel.