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La chute des idoles

Falling down business
Illustration fotolia

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La nuit, de façon générale, je dors très bien. Comme tout le monde, je ne suis pas à l’abri d’une grippe qui me bouche les sinus ou d’un bébé pas très coopératif. Mais sinon, je dors comme un poupon parce que j’ai la conscience tranquille. Je n’ai pas de démons qui viennent me gruger la conscience pendant que mon cerveau essaie de se reposer. Je n’ai pas peur de me rendre compte en me réveillant demain que des gens autour de moi ont décidé d’exhiber tous ces squelettes qui occupaient mon placard.

Je ne dis pas que je suis un saint, loin de là. J’ai comme tout le monde mes mauvaises journées et il peut m’arriver d’être bête ou de faire une blague qui ne fait pas l’unanimité, je suis un être humain après tout. Mais rien de grave. Rien pour nuire ou traumatiser la vie de quelqu’un.

Depuis quelques semaines, disons que plusieurs personnes aimeraient bien être dans ma situation. Ils aimeraient ne pas avoir un catalogue de regrets et de remords aussi épais. Comme la plupart des gens, je suis consterné de voir le nombre de gens qui sont pointés du doigt. Je trouve ça ahurissant de constater l’ampleur des dégâts. Je me doutais bien qu’il y avait quelques poutres compromises dans la structure, mais je ne pensais pas que même la fondation avait commencé à pourrir.

Le plus difficile là-dedans, je crois, c’est de constater que parmi ceux qui sont mentionnés, il y a des gens que je respecte et même que j’admire. En particulier, l’humoriste américain Louis C.K

C’est difficile de soudainement devoir détester quelqu’un alors qu’hier encore je regardais son travail avec la bouche béat de contemplation. C’est dur d’y croire. D’accepter que désormais cette personne ne peut plus être un modèle. Tout ce qu’il fait, fera ou a fait n’a maintenant plus d’importance. Ses mauvaises actions annulent tous ses accomplissements.

Au début, je me suis dit «ça y est, je ne peux plus faire confiance à personne. Tout mes modèles et mes idoles sont de potentiels agresseurs».

Mais de généraliser le problème, je ne crois pas que ce soit la solution. Parce que même si certains de mes modèles se sont avérés de très mauvaises personnes, ce n’est pas sur le côté sombre que j’ai basé mon inspiration. C’est sur le talent, la volonté, la plume... pas sur les démons. Bien entendu je ne peux plus voir ces hommes comme des modèles, mais je dois accepter que leur travail fait partie de ce que je suis devenu.

Maintenant que je suis un peu plus vieux, maintenant que je suis un mari, un humoriste, un père, c’est tranquillement à mon tour d’être un modèle pour certaines personnes. C’est à mon tour de montrer l’exemple, de véhiculer passion et résilience. Si mes modèles déchus m’ont appris une chose, c’est que c’est moi qui décide quel genre de modèle je veux devenir. Celui que l’on voudrait oublier ou celui dont on est content de se rappeler....