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Comment bien préparer mon enfant pour son entrée en 1re année?

Les jeux de table et les cartes pour préparer nos enfants pour l'école
Jean-François Bégin Les grands oubliés qui malheureusement ne font plus partie du quotidien des enfants...

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Novembre dans les écoles... mois d’évaluations, de réajustements, de remises en question, de rencontres de parents et de remises de notes. Après deux mois et demie passés avec mes petits loups de 6 ans, je me dois déjà de les évaluer, mais surtout, au besoin, de les mettre au niveau. Qui pourrait croire qu’un si grand écart sépare déjà les meilleurs des plus faibles après ce court laps de temps? Quel est le parcours des meilleurs et le profil des plus faibles? Que peut-on faire en tant que parents pour que notre enfant ait de bonnes compétences de base avant son entrée à l’école? 

Plusieurs applications pédagogiques attrayantes sur les tablettes électroniques développent la créativité des jeunes et leur permettent d’apprendre certaines notions comme les lettres et les chiffres. On pense qu’en les branchant sur ces « gardiens virtuels » on a fait notre job! Et si le problème venait de là... apprendre froidement, dépourvu de l’élément le plus important pour les enfants : le lien affectif entre les apprentissages et la personne qui les transmet.

Je n’ai pas la science infuse, mais à la suite de mes observations comme enseignante, je pense qu’il est important de changer nos habitudes à la maison pour ainsi préparer efficacement nos enfants, afin qu’ils arrivent à l’école avec une base solide et une capacité à agir et interagir adéquatement avec les autres. Tout le monde connait l’importance de lire des histoires aux enfants et l’impact positif que cette pratique quotidienne peut avoir sur eux. Mais outre la lecture, que pouvons-nous faire de plus?

Jouez aux cartes avec vos enfants

Plusieurs enfants entrent maintenant à l’école sans avoir déjà pris un jeu de cartes dans leurs mains. Ils savent faire un « selfie » avec un téléphone, peuvent faire un Snapchat, mais ils n’ont jamais rencontré le valet, la dame et le roi de cœur... et ne savent pas ce qu’est un pique, un trèfle et un carreau. Les enfants qui ont appris à jouer aux cartes à un jeune âge connaissent déjà, sans le savoir, plusieurs concepts mathématiques. Tout d’abord, ils reconnaissent rapidement les chiffres, sont capables de les nommer et connaissent leur valeur puisqu’ils les utilisent en contexte de jeu. De plus, en jouant simplement à la bataille, ils travaillent les notions de valeur et d’égalité.

Les cartes en main, ils apprennent à être stratégique, à classer et à comprendre l’ordre croissant ou décroissant. La distribution de cartes développe aussi la motricité fine et l’orientation (de droite à gauche ou de gauche à droite). Enfin, ils apprennent à respecter plusieurs consignes à la fois et comprennent l’importance d’avoir des règles pour le bon déroulement du jeu.

Jouez à des jeux de société avec eux

Plusieurs petits loups n’ont jamais tourné un dé, n’ont jamais gravi d’échelles et glissé sur le dos d’un méchant serpent. Les enfants qui jouent depuis toujours à des jeux de société savent attendre leur tour et développent ainsi leur patience. Ils apprennent à gérer des conflits, à organiser leur pensée et à débattre. Ils savent que tout le monde doit avoir la chance de s’expliquer. Ils gèrent mieux leur colère lors de défaite et respectent l’adversaire lors de victoire.  

Ces mêmes enfants apprennent aussi à regarder les stratégies des autres, à diriger leur attention sur un jeu et à la maintenir. Ils sont capables de conserver en mémoire certaines informations pour mieux les réutiliser.

Ils savent très bien dénombrer, car leurs parents, leurs grands frères ou leurs grandes sœurs leur ont répété à maintes reprises que le pion sur la planche de jeu devait avancer au rythme de la comptine des nombres. Ils connaissent bien la droite numérique faisant des liens entre les différents parcours des planches de jeu. Ils comprennent aussi le concept d’addition puisqu’ils roulent souvent les dés et savent qu’un 5 avec un 2, ça donne 7. Finalement, ils reconnaissent rapidement la somme des doublons, car ils permettent souvent de rejouer à nouveau!

Allez jouer dans les parcs-école et faites bouger vos enfants

Les élèves du primaire se présentent aussi à l’école sans même avoir déjà traversé un trapèze. Un parent ne les a jamais suivis pour assurer leur sécurité et les amener après des dizaines d’essais à réussir leur traversée sans danger. Ainsi, les enfants qui n’ont jamais fait ce genre d’exercices se prennent pour des petits singes : ils tentent de gravir cette échelle endormie, tombent et se cassent un membre.

Nous, les parents, offusqués qu’aucun adulte n’ait assuré la sécurité de notre protégé, déposons une plainte à l’école, à la ville qui n’a pas mis assez de paillis, nous téléphonons à la compagnie ayant fabriqué le dit trapèze et demandons que le jeu soit retiré de la cour. Nous ne comprenons pas qu’il aurait été préférable, au lieu de sortir le iPad, d’aller jouer dehors et d’explorer l’univers dans lequel notre enfant se retrouvera le rendant, de ce fait, plus confiant et plus compétent!

De plus, certains enfants maîtrisent mal des habiletés motrices de base essentielles comme ramper, sauter à pieds joints, faire des roulades au sol, retomber sur les pieds pour amortir une chute et descendre les escaliers en alternance. Pourtant, par acquis de conscience ou pour faire comme les autres, nous avons pris soin de leur faire prendre des cours de natation, de patin, et même de ski... Cependant, il n’y a ni piscine, ni patinoire, ni montagne dans nos cours d’école. Bien entendu, l’un n’empêche pas l’autre, mais l’un oblige notre implication... J’avoue qu’il est plus simple de placer une tablette dans leurs mains, d’ouvrir la télé ou de les parachuter dans un cours animé par un spécialiste: pas de gestion, pas d’intervention et plus de temps pour envoyer un Snapchat, mettre à jour notre profil et naviguer sur les réseaux sociaux... Mais quand apprendront-ils la base? Qui leur apprendra?...

Discutez avec vos enfants

Plusieurs jeunes du préscolaire et de 1re année éprouvent des retards de langage et de communication. Certains présentent un vocabulaire pauvre et sont difficilement en mesure de tenir une conversation logique et cohérente. Ils ne regardent pas la personne qui parle ou font autre chose pendant que nous leur parlons. Plusieurs adultes croient qu’il s’agit d’un manque d’éducation ou d’une marque d’impolitesse. En fait, ce n’est pas le cas : ils nous imitent. Nous sommes leur modèle. Combien de parents consultent leur téléphone pendant que leur enfant leur raconte leur journée? Discuter, c’est aussi écouter. Il est important de démontrer de l’intérêt sincère et d’échanger. Notre enfant ne doit pas faire un monologue. Il a également besoin de nous écouter pour apprendre comment transmettre un message clair, structuré et cohérent.

Les élèves qui discutent réellement avec leurs parents connaissent l’importance d’écouter la personne qui parle et agissent en ce sens. Ils peuvent raconter une histoire qui respecte une séquence. Ils emploient aussi à l’oral des marqueurs de relation et parlent avec expression et intonation. De ce fait, ces habiletés à l’oral se traduisent aussi directement dans les courts textes qu’ils écrivent.

Limitez ou éliminez la tablette et la télévision

Dans mon milieu, la très grande majorité des enfants ont une tablette électronique à la maison, un ordinateur, des consoles de jeux et une télévision. C’est la norme. Ils sont extrêmement habiles avec la technologie qui les entoure et ils sont capables de passer des heures devant un écran sans broncher, hypothéquant leur hygiène de vie.

Certes, les tablettes et les autres outils technologiques constituent une valeur ajoutée pour certains travaux scolaires, elles ont une utilité pédagogique certaine, principalement auprès des enfants présentant divers troubles. Elles peuvent motiver aussi certains enfants à travailler, mais leur surutilisation est, selon moi, une des sources des problèmes dans nos écoles et dans notre société.

Les élèves qui les exploitent depuis leur très jeune âge sont souvent impatients étant habitués à vivre avec l’instantanéité de la machine. Ils deviennent même agressifs lorsqu’on leur enlève. Ils n’ont jamais appris à attendre leur tour étant presque toujours le seul joueur. Ils ont plusieurs connaissances, mais elles n’ont jamais été mises en contexte. En effet, ils savent compter jusqu’à 20, mais n’ont pas associé que, par exemple, le symbole 9 correspond à 9 éléments. Ils ne savent pas gérer de conflits, car ils ferment la tablette ou changent de jeu lorsqu’ils sont contrariés. Ils ne développent pas leurs habiletés de communication, puisqu’ils sont trop souvent laissés seuls avec leur gadget. Ils sont toutefois les as de la négociation : « Si je range ma chambre, je vais gagner combien de minutes? »

Alors, quand allons-nous nous réveiller??? Quand allons-nous arrêter de sous-traiter nos tâches parentales à une plaquette de luxe? Quand?... Quand?... Quand?...