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Des filles qui rapportent gros

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Il y a plus d’un an, j’ai écrit une chronique élogieuse sur la série Mohawk Girls, dont la cinquième et dernière saison a commencé mardi au réseau APTN. Tournée à Kahnawake avec des moyens plutôt modestes et des acteurs semi-professionnels et amateurs, cette comédie dramatique prouve que les Autochtones doivent avoir une place importante dans notre monde culturel.

Je n’ai pas regardé tous les épisodes, mais aucun de ceux que j’ai vus ne m’a laissé indifférent. Ils m’ont fait sourire et ils m’ont fait réfléchir aussi, ce qui n’est pas si fréquent à la télé. C’est étonnant de découvrir à la porte d’à côté un univers dont on ne sait presque rien, mais pour lequel on entretient encore de nombreux préjugés.

Les textes sont écrits avec humour et avec beaucoup d’ironie. S’ils sont légers, ils n’en sont pas moins révélateurs de la vie qu’on mène dans les réserves et des difficultés qu’y éprouvent les jeunes femmes. Celles de la série en tout cas.

KAHNAWAKE, UN MONDE À PART

Même si elle est Mohawk pure laine, Tracey Deer, qui réalise cette série à succès, n’a pas la vie facile à Kahnawake. En avril dernier, par exemple, le conseil mohawk l’a menacée d’expulsion parce qu’à l’automne précédent elle s’était mariée avec un homme qui n’a pas de sang indien. En 1981, le conseil de bande de Kahnawake a adopté un code d’appartenance visant à préserver la langue et la culture mohawk. Ce code entend aussi dissuader les Mohawks d’épouser des personnes qui ne sont pas autochtones. Inutile d’ajouter que la série et sa réalisatrice font leurs choux gras de ce règlement fort controversé.

C’est un petit documentaire sans prétention réalisé par Tracey Dear en 2005 qui a donné naissance à Mohawk Girls. Le documentaire raconte les aventures de quatre adolescentes autochtones essayant de concilier les façons de vivre du 21e siècle avec celles qui sont les leurs à Kahnawake.

En cette cinquième et dernière saison de la série, Tracey Dear et Cynthia Knight, l’autre conceptrice, poussent les quatre protagonistes hors de leur zone de confort. Elles sont impliquées dans des triangles amoureux et, scandale !, pas forcément avec des hommes de la bande. Malgré tout, elles essaient tant bien que mal de s’accommoder des us et coutumes ancestraux, souvent bien encombrantes.

UNE SÉRIE PAYANTE

En plus d’être une vitrine remarquable pour les œuvres autochtones, la série a d’heureuses retombées sur Kahnawake et les environs. D’après une étude de l’association des producteurs anglophones, Mohawk Girls a jusqu’à ce jour généré des retombées de plus de 43 millions $ pour Kahnawake et les environs. Elle a permis de créer l’équivalent de 430 emplois permanents et fait travailler 750 figurants.

Je ne sais pas si une version française de Mohawk Girls existe ou doit se faire. À une époque où nos gouvernements militent pour une véritable réconciliation avec les peuples autochtones, il serait plus qu’opportun que Radio-Canada – ou Télé-Québec – fasse les frais d’une version de la série pour la diffuser en français.

Par petites touches et sans prêchi-prêcha, de façon amusante et en n’ignorant pas les préjugés des uns comme des autres, Mohawk Girls a l’extrême mérite de changer le regard que l’on porte sur les Autochtones et les réserves dans lesquelles ils vivent.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

À l’exception de Jian Gomeshi, il n’y aurait donc à Toronto aucun cas d’inconduite sexuelle ? « Toronto la pure » ce serait donc vrai.